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Hellraiser (1987)

Note de l’auteur : la chronique suivante ne constitue pas réellement une description ou même une présentation précise du film, mais plutôt un rapide billet sur un classique que tout le monde devrait déjà avoir vu, et si ce n’est pas le cas ces quelques lignes vous motiveront peut-être à le faire, en tout cas vous avez intérêt.


Hellraiser, ce n’est pas qu’un excellent titre d’Ozzy Osbourne paru sur No More Tears, non, c’est avant tout un film de Clive Barker qui a marqué sur bien des aspects à sa sortie.

Souvent taxé de sous-Carpenter, ersatz de Stephen King et j’en passe, ce pauvre Clive n’a jamais réussi à se faire un nom très reconnu auprès du grand public, et ce n’est pourtant pas faute d’être polyvalent. Entre des romans à succès, des jeux vidéos de son cru ou bien évidemment ses propres films, l’homme peine à voir son nom cité parmi les plus grands alors qu’il y aurait tout à fait sa place, et même plus que certains si vous voulez mon avis. Heureusement pour lui, son esprit torturé et ses idées diaboliques ne sont pas passées inaperçues chez tout le monde…

Hellraiser est l’un de ces classiques du cinéma d’Horreur qui a marqué les années 80 de fort belle manière, et surtout avec originalité. Les Serial-Killers ayant le vent en poupe après le succès d’un certain Jason ou d’un autre Freddy, il aurait été peu judicieux de reprendre la même recette pour lancer sur le marché une nouvelle série à succès, et ça, Clive l’avait bien compris.

La coupe Automne-Hiver 1987. Ca vous cloue le bec pas vrai ?

Ainsi sort Hellraiser, un grand vent frais dans le domaine de l’Horreur, la référence du « Gore-SM » et du paranormal, et un autre très bon représentant de cette époque bénie où les costumes étaient fait main et non digitalisés…

Un scénario original et étonnamment solide pour un film horrifique, encore aujourd’hui, un univers visuel unique, un méchant référentiel, une ambiance au poil, un réalisateur qui sait parfaitement là où il va et ne s’égare pas en chemin… Tout était réuni pour en faire un classique, et fort heureusement c’est le cas aujourd’hui. Hellraiser supporte très bien le poids des années si l’on excepte ces rares mais odieux effets spéciaux lumineux dignes de Power Rangers, pour le reste, les costumes de l’époque sont somptueux, novateurs, le gore omniprésent et les créatures réellement laides. Un coup de maître presque intouchable.

Un film captivant parfaitement rythmé et dirigé avec brio. Clive Barker prouve qu’il n’est pas une bête copie sans intérêt de je ne sais quel autre réalisateur, non, c’est un grand malade, et moi j’aime ça les grands malades.

"Forcément, tous ces cons qui me prennent pour une pâle copie de Cronenberg, ça me met les nerfs à vif..."

NB : Pour ceux qui s’étonneraient de la ridicule et douteuse longévité d’une telle série (Dix films dont un futur remake), voici grossièrement les propos qu’à tenu Barker à la presse concernant le dernier opus de la série qu’il a crée, attention, ça vaut le détour :

« Bonjour les amis. Je veux que l’on comprenne bien que le film ici présent utilisant le mot Hellraiser, N’EST PUTAIN DE PAS DE MOI !! Je n’ai RIEN à voir avec cette saloperie. S’ils prétendent que cela provient de l’esprit de Clive Barker, c’est un mensonge, ça ne sort même pas de mon trou de balle. » *

Je vous l’ai dit, j’aime ce mec.


* Source

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Duma Key de Stephen King.

Qui à l’heure actuelle n’a jamais entendu parler de Stephen King ? Ecrivain largement adapté au cinéma, King a écrit The Shining, La Ligne Verte, La Brume (The Mist), Dreamcatchers,etc… Donc si son nom vous est inconnu, ça veut certainement dire que vous avez vécu dans une grotte thermique en Atlantide durant ce dernier siècle.
Auteur moderne majeur, la vision de l’horreur de King est vaste et ne se limite certainement pas à un amas de monstres hideux. Ses créatures, bien souvent lovecraftiennes, sont assez personnelles : Ça est un bel exemple. Livre malsain au possible, et aussi l’un des plus appréciés de notre ami du Maine. Mais King ne verse pas que dans l’horreur pure et dure avec son lot de gore, il est très doué dans le low fantasy et dans le drame humain, Carrie en est un bon exemple. King est aussi capable d’impatienter le lecteur en mettant l’intrigue en place, pour un final jouissif, comme le fait Bazaar.
L’Américain écrit énormément, la liste de livres s’élèvent autour des cinquante, plus des recueils de nouvelles à la qualité, ma foi, assez variable. Vous imaginez donc qu’il s’est pas fait chier à écrire cinquante histoires de zombies vampiriques bouffant des petits gosses.

Avant Duma Key, deux bouquins ont été écrits. Tout d’abord Cellulaire : tous les téléphones mobiles du monde reçoivent un appel, à savoir pas loin de 70% de la population (Américaine tout du moins), et presque tout le monde décroche. Cet appelle réduit les interlocuteurs en zombies assoiffés de sang, qui finissent par s’organiser en tribus, forçant les quelques gars qui ont survécu à se débrouiller, et à découvrir le pourquoi du comment… Ce bouquin, bien foutu, bien raconté et bien branlé mais pas original pour un sou : une sorte de Le Fléau mélangé à du Désolation avec un thème moderne… Puis est venu L’Histoire de Lisey… Une histoire d’amour… Un vrai exercice de style, un récit alambiqué… S.King est capable de bâtir de belles relations entre ses personnages, et parfois des trucs complètement banals se lisent avec plaisir sous la plume de ce vieux gars à lunettes.

Eh oui, c'est lui l'auteur de vos cauchemars!

Puis viens Duma Key… Roman se passant majoritairement en Floride, pays du soleil pour les Américains… Le héros est pour le moins étrange : Edgar Freemantle, possédant une entreprise de construction prospère a un accident sur un chantier : son pick-up percute une grue, dans l’accident, le monsieur perd son bras, à sa hanche réduite en poussière et a une fracture à contrecoups au crâne… Lui faisant perdre la mémoire… Crises de colère, rééducation, divorce… Voilà que notre Monsieur quinquagénaire, manchot, partiellement amnésique et colérique se retrouve seul. Son psychologue lui conseille de partir un an, un traitement géographique, et de s’adonner à un hobby… Le dessin pour Edgard… Notre homme part sur Duma Key, et des forces étranges vont lui faire faire des progrès incroyables… mais à quel prix ?
Voilà en gros pour poser le scénario (je ne révèle pas grand-chose, vous pouvez lire ça sur la quatrième de couverture)… Le bouquin est comme l’histoire de Lisey, très humain, même si King n’a pas fait un exercice de style alambiqué pour Duma Key… A vrai dire, le bouquin est parfois vraiment drôle. Tournant au ridicule son héros amnésique dans les premiers moments, qui de colère hurle à sa femme de ne pas rester debout alors que l’homasse, l’ami, le pote est posé dans le coin. Jouant sur l’absurde, l’ouverture du livre ne laisse en rien présager la suite… Il est de mon avis que ce livre serait, narrativement parlant, moitié Histoire de Lisey (tisser des relations, ici une belle amitié, un sens tragique prononcé) et moitié Bazaar (longue mise en place de l’intrigue, et explosion seulement dans le dernier tiers). Stephen King parvient dans le même bouquin à toucher, à mettre une tension, du mystère et de l’horreur. Il n’a jamais fait dans l’heureux et ce n’est pas avec celui-ci qu’il va commencer. Les thèmes du pouvoir de l’art sont bien foutus, et bien traités, malgré quelques petits clichés.

Autant le dire brutalement : ce n’est pas un des meilleurs King, mais loin d’être l’un des pires. Sa qualité est certaine, et son charme tient à plusieurs éléments : personnages attachants, la palme revenant à Jérôme Wireman, ex-avocat qui a eu son séjour en enfer, fonctionnant à grand renforts de citations de bouquins, de musique rock et de ses propres proverbes, ses discours parsemés de bribes d’espagnol (pas que je sois fan de cette langue, mais bon). La citation marquante du livre est sans doute « Dieu nous punit pour ce qu’on est pas capable d’imaginer ». Phrase qui a tout son sens dans le bouquin. Est-ce que le héros s’est un jour imaginé être un manchot peintre alors qu’il y a deux moins il avait une famille et une entreprise ?
Par le pouvoir de ses personnages attachants, King fait monter la tension : on est nerveux à l’idée de savoir ce qu’il va arriver aux

personnages, à sa famille, à ses amis dans les moments d’horreur… Oui, nerveux, pas loin de la peur alors que l’intrigue se passe en Floride, sous les palmiers, le soleil, et les plages de sable blanc… Autre charme indéniable du bouquin, le cadre neuf, ensoleillé qui confère du pouvoir à l’œuvre, ça change du Maine, et des villes brumeuses, une vraie brise fraiche avec des relents putrides.
Parlons de l’écriture elle-même, de la prose du maître. King n’a jamais fait dans le soutenu, c’est pas du Balzac ou du Pouchkine, King manie le langage courant et le familier avec brio dans plusieurs de ses bouquins. Il sait mettre en place une ambiance avec des mots communs, rendant la lecture fluide, sans accrocs. On a le droit à des récits parfois classieux (the Shining) ou à des grosses séries B parfois bien drôles (des passages de Désolation, voire même de Ca). Duma Key par exemple, peut être très drôle, on a des grosses vannes juteuses bien connes de la part du héros, le tout avec le gros lot de grossièretés et de conneries; mais il peut être très émouvant, très angoissant même : peur diluée dans tout le livre qui explose dans son dernier tiers…

Et si vous êtes radin, il y a l'édition de poche !!!

Mais les quelques petits soucis propre à l’Américain reviennent… Une fin brusque, amenée avec brutalité ; des moments clé torchés en une page alors qu’on a plus de détails sur le petit-déjeuner du héros vingt pages plus tard; quelques petits clichés pas loin du « Tous les deux, on pourrait être immortel et avoir des nanas en bikinis pour lustrer nos derches à longueur de journée » , c’est petit, ça peut passer inaperçu, mais bon c’est dommage de prendre des facilités pareilles quand on a une carrière derrière…

L’écrivain est un homme changé. Ceux qui veulent encore des grosses tripes, et des vampires ou encore des descriptions précises sur des cadavres disséqués peuvent aller voir ailleurs. Stephen King a vieilli, et montre que l’horreur, l’horreur à laquelle il est resté attaché durant toute sa carrière, est présente partout, même dans les choses communes de la vie… Une horde de vampires ou un accident tragique ? Qu’est-ce qui vous empêcherait le plus de dormir ? Stephen King n’abandonne pas l’épouvante dans ce nouveau virage, il montre qu’il est à vrai dire plus proche que ce qu’on ne peut l’imaginer… Et puis dieu ne-nous punit pas-t-il pour ce qu’on n’est pas capable d’imaginer ?