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Legacy of Kain: Blood Omen (PC) [1995]

« Il existe une opération magique, d’une importance maximum: l’initiation d’un nouvel Éon.
Lorsqu’il devient nécessaire, la planète toute entière doit baigner dans le sang. »

C’est sur ces mots de l’occultiste britannique Aleister Crowley que démarre l’un des récits les plus épiques et denses du Jeu-Vidéo, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’on est prévenu d’office: la saga Legacy of Kain ne s’adresse pas aux jeunes joueurs et la maturité de son ambiance gore et gothique réserve ce Blood Omen à un public averti et, à l’époque, très exigeant.

Pour faire simple, ce titre est issu d’un autre temps (tout comme son discutable artwork sur PC, bien plus soignée pour sa présentation Playstation…), d’une autre période, où le Jeu-Vidéo était encore pointé du doigt comme un mauvais hobby, le vilain petit canard des arts modernes et de la technologie, réservant cette discipline à une catégorie de personnes assez restreinte et au courant de son actualité. En 1995, les joueurs étaient pour la plupart ce que l’on appelle de nos jours des « Hardcore Gamers », terme qui aujourd’hui a bien perdu de son sens, communauté assez à part et incomprise, souvent très élitiste pour qui la qualité d’une production se devait d’être exemplaire avant de lui assurer un semblant de succès commercial.
Les développeurs devaient rivaliser de prouesses, de technique et d’inventivité pour gagner la reconnaissance de cette meute affamée et espérer se démarquer du lot. Seuls les meilleurs passaient à la postérité, les autres, eux, restaient condamnés au grade de « seconds couteaux », que seuls les nostalgiques de l’époque peuvent encore se remémorer aujourd’hui. La publicité pour le genre n’existait pas ou peu, limitée à quelques magazines spécialisés vendus aux plus acharnés, le bouche à oreille était la meilleure façon d’être au courant des dernières actualités et des différents hits à ne surtout pas manquer.

L’artwork Playstation du jeu reste nettement supérieur à son homologue PC.

 

C’est dans ce cadre aujourd’hui révolu qu’est sorti ce premier épisode de la série Legacy of Kain, développé par Silicon Knights, petite boîte ayant auparavant donné naissance à quelques productions n’ayant pas marqué les esprits. Bien conscients qu’il fallait proposer une expérience nouvelle aux joueurs pour espérer convaincre un plus large public, Blood Omen est né de la volonté et l’ambition profonde d’une poignée de personnes d’offrir un voyage unique et jamais vu auparavant dans le domaine vidéo-ludique. Transpirante d’ingéniosité, impressionnante par sa richesse hors-norme et son scénario soigneusement étudié, sa mythologie très persistante et son univers particulièrement fouillé, la première aventure du vampire Kain marquait au fer rouge les amateurs d’Heroic-Fantasy et d’Aventure en tous genres, s’imposant à l’époque comme un divertissement unique et précurseur d’une horde de classiques ayant connus un succès retentissant.
En observant le gameplay de Blood Omen, on pense surtout au Hack’N’Slash, Diablo en tête, mais également à Baldur’s Gate. C’est également Fallout qui nous vient à l’esprit pour ces éléments de jeux de rôles caractéristiques et inhérents à la série. Blood Omen est arrivé bien avant tous ces titres et je mettrais ma main à couper que ces derniers n’auraient pas tout à fait eu le même aspect sans l’existence du dernier né de Silicon Knights. En dépit de son influence et de son succès critique, autant de la part des joueurs que des professionnels, cette première incursion dans l’univers de Nosgoth n’en reste pas moins un relatif échec commercial, lui conférant un statut culte de qualité dans l’ombre imposante de son petit frère Soul Reaver, sorti quelques années plus tard.

Blood Omen vous conte l’histoire de Kain, jeune noble preux et vaillant, qui fût un beau soir lâchement assassiné par une horde de brigands sans vergogne… Condamné à souffrir pour l’éternité dans un monde inférieur, Kain accepte sans hésitation la proposition de Mortanius, puissant nécromancien lui offrant la possibilité de se venger de ses agresseurs en recouvrant la vie. Il ne réalisait pas alors que ce choix allait impliquer de lourdes conséquences, la principale étant directement liée à la « nouvelle vie » promise par le sorcier: Kain retrouverait bel et bien les joies d’une existence en chair et en os, mais sous la forme d’un vampire, n’ayant d’humain que l’apparence lointaine et dont la soif de sang serait désormais intarissable… Un bien lourd fardeau à porter pour ce noble autrefois sans histoire, injustement abattu et dont l’unique motivation n’est désormais plus que la vengeance. C’est ainsi que Kain se met en route, franchissant cryptes et cimetières en direction de Ziegsturhl, lieu où s’est déroulé le tragique accident. Abattant sans pitié ses bourreaux d’autrefois, Kain réalise que son souhait est désormais exaucé, vengeance est faite, sa prochaine étape ne serait autre que le repos éternel… Mais, sous cette forme damnée, comment obtenir ce mérite ? Dans le doute, le chevalier vampire se remet en route, espérant trouver réponses à ses questions, et fait bien rapidement la connaissance d’Ariel, représentante de l’Équilibre du monde de Nosgoth. Cette dernière lui explique que la contrée est en danger, suite à un complot au sein même du Cercle des Neufs, protecteurs de Nosgoth et du destin du monde. En temps normal, Kain n’aurait eu que faire de ces histoires qui dépassaient de loin l’existence des humains, mais Mortanius l’informe que ses assassins étaient envoyés par l’un des gardiens corrompus du cercle… C’est donc dans un but à la fois personnel et moral que Kain part à la recherche des membres du cercle pour mettre fin aux maux de Nosgoth, et avant tout venger sa mort…

Au cours de l’aventure, Kain aura la possibilité de s’équiper d’un arsenal destructeur.

 

Le scénario de Blood Omen est aussi recherché que sa mythologie est profonde, Silicon Knights n’a rien laissé au hasard et a doté son titre d’un background prodigieux et rare à l’époque pour une production d’un studio tiers, un univers hautement détaillé, fourmillant de détails participants grandement à l’immersion du joueur, marquant d’un bout à l’autre et proposant de ce fait une expérience hors-norme. Des origines du monde à sa création, jusqu’à son anéantissement, tout vous sera conté au cours de votre périple, vous promettant une aventure haletante et épique dans tous les sens du terme. Blood Omen n’est pas qu’une simple histoire de vengeance, c’est une fresque détaillée de la destruction d’un monde et de la perfidie des entités le dirigeant.

Comme dit plus haut, le soft nous rappelle des classiques tels que Diablo ou Baldur’s Gate pour ne citer qu’eux, même si en vérité, ce serait plutôt ces deux derniers qui nous rappelleraient Blood Omen. Vous dirigez votre personnage vu du dessus, à la manière d’un jeu d’aventure comme Zelda, attaquant en temps réel vos ennemis et utilisant divers pouvoirs magiques pour vous débarrasser d’eux. Le système de combat est plutôt simple mais pas vraiment des plus précis, Kain dispose de plusieurs armes allant de l’épée au fléau, en passant par les haches, mais a malheureusement la souplesse de Goliath. Les coups sont relativement lents et il est parfois complexe de bien réagir face aux ennemis plus rapides qui vous toucheront sans mal, heureusement, pour palier à ce défaut, chaque attaque est dévastatrice et les pouvoirs amassés en cours de route surpuissants. Des pouvoirs d’ailleurs originaux et bien utiles, essentiels même quoi qu’optionnels au déroulement de l’aventure. Éclair, Possession des Corps, Douche de Sang, Invisibilité, Putréfaction des Cadavres ou encore la possibilité de se transformer en Loup-Garou vous seront octroyés si vous daignez explorer de fond en comble l’immense monde de Nosgoth. Vous aurez également la possibilité d’équiper Kain de nouvelles armures magiques lui permettant par exemple de repousser certains monstres, résister au feu ou attirer le sang versé par ses ennemis dans son propre corps, restaurant de ce fait votre « vie ». Car dans Blood Omen, pas de medkits, de potions ou de fées, mais l’élément principal de toute vie sur terre, le Sang… Quoi de plus normal pour un vampire me direz-vous ?

Se transformer en loup-garou est bien pratique pour arpenter le monde, et chasser…

 

La progression se fait par étapes, à chaque nouveau membre du cercle recherché, Kain devra visiter une nouvelle contrée, fort de nouveaux pouvoirs acquis en chemin lui permettant d’ouvrir de nouvelles routes auparavant inaccessibles. De très nombreux donjons vous attendent au cours de votre périple, ces zones étant d’ailleurs le point principal du jeu, à l’inverse d’un Zelda comportant quelques donjons majeurs et un grand monde central où la majorité de l’action aura lieue. Dans Blood Omen, votre périple est jonché de cavernes, châteaux et autres repères obscurs, autant dire que l’exploration est primordiale et la persévérance essentielle tant leur nombre est conséquent. Le Level design est très bien étudié et malgré l’abondance de ces zones, on ne ressent à aucun moment une impression de déjà vu ou de copié/collé. Les énigmes et mécanismes présents dans le jeu sont dans l’ensemble assez simples et se constituent pour la plupart de leviers, portes dérobées ou éléments magiques qu’il faudra actionner à l’aide de vos pouvoirs. L’utilisation des compétences de Kain est obligatoire pour venir à bout des épreuves que vous rencontrerez et une bonne logique sera bien évidemment de mise pour vous permettre de résoudre les mystères rencontrés au cours de l’aventure. L’obtention de nouvelles capacités est ainsi très fréquente et, si la majorité des donjons du jeu sont factices, il n’en reste pas moins plus qu’intéressant de les visiter afin d’améliorer les pouvoirs du vampire et ses compétences. L’interaction avec les personnages non-joueurs n’est malheureusement pas très exploitée, ainsi vous n’aurez jamais de « quête annexe » à résoudre, mais « seulement » une multitude d’endroits à visiter selon votre bon vouloir et le chemin emprunté.

Sur le plan technique, Blood Omen n’avait pas pour ambition de s’imposer comme une vitrine technologique et reste donc un cran en-deçà des productions moyennes de l’époque. Le moteur 2D utilisé se montre néanmoins convaincant dans l’absolu mais ne surprends à aucun moment, aussi, de nos jours, l’aspect « rusto » de la bête risque bien d’en effrayer certains. Les différents pouvoirs magiques sont joliment animés mais les éléments du décors tels que les maisons, villageois, ou la nature elle-même ne sont pas toujours resplendissants, le jeu se rattrape heureusement grâce à son design gothique parfaitement pensé et son identité visuelle très marquée.

Les donjons sont parfois coriaces, et les pics ne sont qu’un bien mince danger.

 

Identité renforcée par une bande-son en totale adéquation avec le récit, épique et sombre, vous promettant de longues heures de recherches accompagné des compositions de Steve Henifin. Mention toute particulière au splendide Bastion de Malek qui me donne toujours autant de frissons, et résume à lui seul l’héroïsme de l’aventure que vit le joueur. Des thèmes ambiants, empreints d’ambiances gothiques et médiévales très réussis, relativement peu nombreux mais de qualité plus que satisfaisante, auxquels s’ajoutent divers bruitages rythmant l’action, tous très réalistes. Les dialogues ne sont pas en marge et le jeu fût d’ailleurs reconnu sur ce plan dans sa version originale, proposant une interprétation très juste et poignante de la plupart des acteurs. Pour ce qui est de la version Française, on oscille entre l’excellent et le médiocre: ainsi, si la voix de Kain est tout à fait dans le ton et rapidement attachante, d’autres protagonistes comme Mortanius ou les gardiens des Forges de l’Esprit s’avèrent malheureusement plus comiques qu’effrayants, la faute à un doublage bancal et pas franchement peaufiné… Un contrat tout de même très bien honoré dans sa globalité qui restera tout de même inférieur à sa version originale, comme souvent à l’époque.

Pour les plus courageux, le monde de Nosgoth réservera de bien belles surprises à ceux qui auront le courage de s’y aventurer en profondeur, entre cavernes, châteaux, grottes et passages secrets, la durée de vie du soft s’élève à une bonne quarantaine d’heures pour en faire complètement le tour. Ceux qui sont en revanche plus préoccupés par le scénario que la vadrouille en pleine nature en verront la fin en un peu plus de 20h selon leurs prouesses d’aventurier.

Une fois armé de la Soul Reaver, Kain est un adversaire pratiquement invincible.

 

Quoi qu’il en  soit, Blood Omen reste un jeu exigeant mais néanmoins accessible à la plupart, pour peu que la motivation suive. L’aventure haletante, le scénario recherché, le gameplay simple et efficace et le rythme général de la progression suffisent à captiver le joueur pour lui offrir une expérience unique et mémorable, un petit coup de génie qui marquait les débuts d’une grande série… Et démontre par la même occasion que la seconde moitié des années 90 aura marqué un tournant pour le Jeu-Vidéo, essentiellement sur les qualités d’immersion. Sauter sur des ennemis ou tronçonner des démons sans but précis ne suffisait plus, tout avait déjà été dit dans ce domaine, il fallait désormais penser à entraîner le joueur au cœur même de l’action. Blood Omen est et reste incontestablement un nom à connaître quand on évoque cette significative évolution.

En résumé, une perle qui se doit d’être dépoussiérée, recommandée aux amateurs d’Aventure, d’Heroic-Fantasy et d’A-RPG dans la veine de Secret of Mana ou la série Zelda.
Vae Victis !

Comme d’habitude, n’hésitez pas à laisser un commentaire en tant qu’invité pour parler du jeu / de la chronique, ça fait toujours plaisir ;o)

Commandos : Derrière les Lignes Ennemies

Après les trois incursions du collègue Evilman dans l’univers de Georges Lucas, on continue dans une veine vidéoludique avec Commandos : Derrière les Lignes Ennemies, que je viens de terminer. Laissez-moi vous dire que je suis épuisé !

De quoi ça parle ?

Pas besoin de grand-chose pour vous parler du background historique de Commandos, vous vous en doutez déjà. Je vous donnerais juste ces 8 chiffres bien connus : 1939 – 1945.  Le IIIe Reich a envahi l’Europe et étend sa domination partout.  L’Empire du taré moustachu est immense, les rosbifs résistent, la France lève le bras droit sans se poser de questions (j’entends déjà d’ici une bonne cinquantaine de millions de français me rétorquer « Non, mon grand-père était résistant ! », oui oui c’est ça Henrich, ça avance ta LV2 allemand ?). Mais un officier anglais décide de monter un petit groupe d’hommes prêts à tout, surentraînés et capable de s’infiltrer derrière les lignes ennemies (nous y voilà) pour effectuer des opérations de sabotage.

L’histoire de ces hommes nous est contée à travers plusieurs épisodes espacés dans le temps : pas de continuité dans l’histoire donc, mais une série de missions sans liens les unes avec les autres. Rassurez-vous, chaque mission est très bien contextualisée et datée grâce à un briefing détaillé.

C’est bien / c’est pas bien ? Pourquoi ?

Alors, tu l'as bien senti mon gros harpon, sale boche ?

On peut décrire Commandos, au sens strict, comme un jeu de stratégie en temps réel.Mais ici, pas question de collecter ressources pour rassembler une armée et partir à l’assaut de l’envahisseur allemand. Non. Après le briefing, au début de chaque mission, vous disposez de 2 à 6 de vos hommes pour remplir vos objectifs. Ni plus ni moins. Pas question donc de foncer dans le tas, de tirer sur tout ce qui bouge, pour espérer l’emporter. N’essayez même pas, ça ne marche pas. Il s’agit d’agir le plus discrètement possible, d’éliminer un garde après l’autre, de planquer les cadavres hors de la vue des patrouilles, et surtout de bien préparer votre fuite une fois l’objectif atteint.

Plus concrètement, vous contrôlez vos hommes à la souris, à la troisième personne sur une map fixe (comprenez par là qu’il n’est pas possible de voir la map sous un autre angle, même si vous pouvez zoomer / dézoomer, ou diviser l’écran pour surveiller plusieurs endroits à la fin).  Le menu vous propose une mini map avec quelques conseils, des commandes diverses que je vais détailler dans une minute, et les photos de vos hommes avec leurs barres de vie, pour toujours garder un œil sur l’état et la composition de votre équipe.
Chacun de vos six hommes a sa spécialité, je vais les passer en revue. La fine équipe (jamais au complet d’ailleurs, sauf lors de la mission finale) comprend donc le bérêt vert, sorte d’assassin d’élite discret (disons-le tout net, c’est sans doute lui l’homme le plus utile du jeu), un chauffeur spécialisé en véhicules terrestres et armes lourdes, un sniper pratique pour éliminer les ennemis haut perchés, un espion qui peut voler un uniforme allemand pour pénétrer sans risque au cœur des bases allemandes, un nageur de combat capable de plonger sous l’eau et de piloter divers véhicules marins, et enfin, un artificier spécialiste en explosifs.
Chaque membre de l’équipe dispose donc de son propre équipement (qui varie selon les missions) ; lorsque vous sélectionnez un homme, son paquetage en bas à droite affiche les différents outils dont il dispose. Ainsi le couteau du béret vert est-il très utile pour éliminer silencieusement les gardes,  les grenades de l’artificier mettent à bas les tanks et autres véhicules…

En bas à droite, l'équipement du sniper. Plus haut, la mini map, en haut à gauche, les membres de votre équipe. Notez aussi l'oeil à droite qui permet de visualiser le champ de vision d'un ennemi. Une fonction indispensable.

Et là on touche à un point intéressant du jeu, à savoir sa richesse. En effet, comme je disais plus haut, pas question de bourriner. Mais le jeu ne se veut pas dirigiste pour autant : il y a souvent de nombreuses méthodes pour éliminer tel garde gênant ou parvenir à atteindre tel coin de la map. Par exemple, pour éliminer un garde en patrouille, vous pouvez aussi bien aller le poignarder dès qu’il vous aura tourné le dos, loger une balle de sniper dans son crâne, poser un piège (que détient l’artificier) sur son trajet ou même l’attirer dans un lieu à l’abri des regards pour une petite fusillade privée. Très souvent d’ailleurs, le plan que vous aurez méticuleusement mis au point risque de se solder par un hic imprévu, et vous aurez à improviser, pour un résultat plus ou moins heureux. Bien des fois, en voulant assassiner un garde A, il m’est arrivé de me faire repérer sans le vouloir par un garde B, qui venait donc voir ce qui se passait et me laissait l’opportunité de l’éliminer. Je laissais donc tomber mon plan et le tuait en quelques clics improvisés.  En tous cas, que vous soyez partisan de improvisation ou de plans millimétrés (le jeu vous fera alterner les deux de toutes façons) chaque mission se résout très progressivement, un pas après l’autre, en tuant les allemands un à un et en sauvegardant régulièrement.
Autre aspect qui fait toute la richesse du jeu, c’est la synchronisation entre vos hommes qui est absolument indispensable. En effet, s’ils ne sont pas tous aussi utiles en fonction des situations, ils n’en demeurent pas moins tous indispensables à la réussite de la mission. Je prends l’exemple de l’artificier : son piège, bien que silencieux, n’est pas toujours recommandable pour éliminer les sentinelles, dont le corps risque d’être découvert. Corps qu’il ne peut pas transporter en plus de ça (seuls le béret vert et l’espion en sont capables) En revanche, c’est grâce à lui que vous allez pouvoir atteindre les objectifs proprement dits grâce à ses explosifs. Sans lui, impossible de finir la mission ! Le chauffeur, lui aussi, ne dispose d’aucune arme silencieuse, le reléguant au rôle de figurant pendant 90% des missions. Mais croyez-moi, quand il s’agira de s’enfuir en camion sous le feu nourri des allemands une fois l’objectif ennemi détruit, vous allez le trouver sacrément utile ! Les fin de missions mettent vraiment cette synchronisation en valeur. Ce sont aussi souvent les passages les plus difficiles du jeu. Tout peut s’écrouler si vos hommes ne sont pas à leur place au moment où vous faites sauter tel bâtiment ennemi.

Des environnement superbes et variés, avec parfois de GROS objectifs à détruire (ici, ni plus ni moins qu'une réplique du célèbre Bismarck) !

Car oui, il s’agit bien d’un jeu authentiquement difficile. Les vingt missions sont dans leur majorité très ardues, et nécessiteront de votre part réflexion, talent et timings très serrés. Croyez-moi, assassiner tel ou tel garde est parfois calculé à la seconde près. L’I.A est souvent retorse, parfois trop (parfois très conne aussi), mais dans l’ensemble c’est assez réaliste. Le summum de la frustration étant quand vous sauvegardez, vous croyant en sécurité, et que ces connards de gardes vous repèrent juste après, condamnant ainsi votre précieuse sauvegarde. Un conseil donc : utilisez deux fichiers de sauvegarde.
Mais cela ne doit en rien éclipser les qualités de ce jeu. L’ambiance est bien là, les décors sont léchés, les maps souvent grandes, l’immersion au top, les tripes se serrent au moment de sortir de votre planque pour tenter une action. Les décors sont également variés : de la Norvège à l’Afrique du Nord en passant par la France, les vingt missions vous font voir du pays.  Les objectifs ont peut-être tendance à un peu se ressembler (grosso modo, il s’agit toujours de détruire des structures ennemies, que ce soit un QG, une station radar, des avions et j’en passe) mais finir chaque mission est tellement gratifiant et spectaculaire qu’on passe l’éponge sur cet aspect légèrement routinier. De plus, on a droit à quelques cinématiques composées d’images d’époque, rien de tel pour se plonger encore plus dans l’atmosphère de la seconde guerre mondiale ! On sent que le soft a été réalisé par des passionnés d’histoire, tout le jeu transpire de cette recherche d’authenticité et de cette volonté de plonger le joueur au cœur de l’enjeu dramatique des missions.

Côté points noirs, citons en premier l’aspect sonore : la musique inexistante et la voix des Commandos risquent fort de vous pousser à couper le son du jeu et à écouter votre propre bande-son tout en jouant. Citons aussi une conduite des véhicules assez déplorables, avec son lot de collisions hideuses autant qu’inexpliquées,  c’est horriblement énervant. Vos hommes peuvent s’avérer con et le pathfinding est également parfois défaillant. Avec un jeu moins dur, cela aurait pu passer, mais dans Commandos, où vous n’avez pour ainsi dire pas le droit à l’erreur, ça passe mal, très mal !

Il s’agit donc d’un très bon jeu, ultra-immersif et à la jouabilité aux petits oignons (le temps d’apprendre quelques raccourcis claviers, et vos hommes vous répondront au doigt et à l’œil !), unique en son genre (pour une fois que WW2 ne rime pas avec fusillades sans fin), réservant plein de surprises et de challenge au joueur. C’est pas pour tout le monde, vous êtes prévenus. Et même si vous vous sentez d’aller jusqu’au bout, vos nerfs n’en ressortiront pas indemnes, parole ! Je suis moi-même à bout de nerfs au moment d’écrire cette review, maso comme je me suis, je me suis d’ores et déjà lancé à l’assaut de l’extension ! COMIN’ RIGHT OVER SIR !

Mon béret vert est repéré ! Notez également mon espion, en bas, en train de détourner l'attention d'un soldat ennemi.