Commandos : Derrière les Lignes Ennemies

Après les trois incursions du collègue Evilman dans l’univers de Georges Lucas, on continue dans une veine vidéoludique avec Commandos : Derrière les Lignes Ennemies, que je viens de terminer. Laissez-moi vous dire que je suis épuisé !

De quoi ça parle ?

Pas besoin de grand-chose pour vous parler du background historique de Commandos, vous vous en doutez déjà. Je vous donnerais juste ces 8 chiffres bien connus : 1939 – 1945.  Le IIIe Reich a envahi l’Europe et étend sa domination partout.  L’Empire du taré moustachu est immense, les rosbifs résistent, la France lève le bras droit sans se poser de questions (j’entends déjà d’ici une bonne cinquantaine de millions de français me rétorquer « Non, mon grand-père était résistant ! », oui oui c’est ça Henrich, ça avance ta LV2 allemand ?). Mais un officier anglais décide de monter un petit groupe d’hommes prêts à tout, surentraînés et capable de s’infiltrer derrière les lignes ennemies (nous y voilà) pour effectuer des opérations de sabotage.

L’histoire de ces hommes nous est contée à travers plusieurs épisodes espacés dans le temps : pas de continuité dans l’histoire donc, mais une série de missions sans liens les unes avec les autres. Rassurez-vous, chaque mission est très bien contextualisée et datée grâce à un briefing détaillé.

C’est bien / c’est pas bien ? Pourquoi ?

Alors, tu l'as bien senti mon gros harpon, sale boche ?

On peut décrire Commandos, au sens strict, comme un jeu de stratégie en temps réel.Mais ici, pas question de collecter ressources pour rassembler une armée et partir à l’assaut de l’envahisseur allemand. Non. Après le briefing, au début de chaque mission, vous disposez de 2 à 6 de vos hommes pour remplir vos objectifs. Ni plus ni moins. Pas question donc de foncer dans le tas, de tirer sur tout ce qui bouge, pour espérer l’emporter. N’essayez même pas, ça ne marche pas. Il s’agit d’agir le plus discrètement possible, d’éliminer un garde après l’autre, de planquer les cadavres hors de la vue des patrouilles, et surtout de bien préparer votre fuite une fois l’objectif atteint.

Plus concrètement, vous contrôlez vos hommes à la souris, à la troisième personne sur une map fixe (comprenez par là qu’il n’est pas possible de voir la map sous un autre angle, même si vous pouvez zoomer / dézoomer, ou diviser l’écran pour surveiller plusieurs endroits à la fin).  Le menu vous propose une mini map avec quelques conseils, des commandes diverses que je vais détailler dans une minute, et les photos de vos hommes avec leurs barres de vie, pour toujours garder un œil sur l’état et la composition de votre équipe.
Chacun de vos six hommes a sa spécialité, je vais les passer en revue. La fine équipe (jamais au complet d’ailleurs, sauf lors de la mission finale) comprend donc le bérêt vert, sorte d’assassin d’élite discret (disons-le tout net, c’est sans doute lui l’homme le plus utile du jeu), un chauffeur spécialisé en véhicules terrestres et armes lourdes, un sniper pratique pour éliminer les ennemis haut perchés, un espion qui peut voler un uniforme allemand pour pénétrer sans risque au cœur des bases allemandes, un nageur de combat capable de plonger sous l’eau et de piloter divers véhicules marins, et enfin, un artificier spécialiste en explosifs.
Chaque membre de l’équipe dispose donc de son propre équipement (qui varie selon les missions) ; lorsque vous sélectionnez un homme, son paquetage en bas à droite affiche les différents outils dont il dispose. Ainsi le couteau du béret vert est-il très utile pour éliminer silencieusement les gardes,  les grenades de l’artificier mettent à bas les tanks et autres véhicules…

En bas à droite, l'équipement du sniper. Plus haut, la mini map, en haut à gauche, les membres de votre équipe. Notez aussi l'oeil à droite qui permet de visualiser le champ de vision d'un ennemi. Une fonction indispensable.

Et là on touche à un point intéressant du jeu, à savoir sa richesse. En effet, comme je disais plus haut, pas question de bourriner. Mais le jeu ne se veut pas dirigiste pour autant : il y a souvent de nombreuses méthodes pour éliminer tel garde gênant ou parvenir à atteindre tel coin de la map. Par exemple, pour éliminer un garde en patrouille, vous pouvez aussi bien aller le poignarder dès qu’il vous aura tourné le dos, loger une balle de sniper dans son crâne, poser un piège (que détient l’artificier) sur son trajet ou même l’attirer dans un lieu à l’abri des regards pour une petite fusillade privée. Très souvent d’ailleurs, le plan que vous aurez méticuleusement mis au point risque de se solder par un hic imprévu, et vous aurez à improviser, pour un résultat plus ou moins heureux. Bien des fois, en voulant assassiner un garde A, il m’est arrivé de me faire repérer sans le vouloir par un garde B, qui venait donc voir ce qui se passait et me laissait l’opportunité de l’éliminer. Je laissais donc tomber mon plan et le tuait en quelques clics improvisés.  En tous cas, que vous soyez partisan de improvisation ou de plans millimétrés (le jeu vous fera alterner les deux de toutes façons) chaque mission se résout très progressivement, un pas après l’autre, en tuant les allemands un à un et en sauvegardant régulièrement.
Autre aspect qui fait toute la richesse du jeu, c’est la synchronisation entre vos hommes qui est absolument indispensable. En effet, s’ils ne sont pas tous aussi utiles en fonction des situations, ils n’en demeurent pas moins tous indispensables à la réussite de la mission. Je prends l’exemple de l’artificier : son piège, bien que silencieux, n’est pas toujours recommandable pour éliminer les sentinelles, dont le corps risque d’être découvert. Corps qu’il ne peut pas transporter en plus de ça (seuls le béret vert et l’espion en sont capables) En revanche, c’est grâce à lui que vous allez pouvoir atteindre les objectifs proprement dits grâce à ses explosifs. Sans lui, impossible de finir la mission ! Le chauffeur, lui aussi, ne dispose d’aucune arme silencieuse, le reléguant au rôle de figurant pendant 90% des missions. Mais croyez-moi, quand il s’agira de s’enfuir en camion sous le feu nourri des allemands une fois l’objectif ennemi détruit, vous allez le trouver sacrément utile ! Les fin de missions mettent vraiment cette synchronisation en valeur. Ce sont aussi souvent les passages les plus difficiles du jeu. Tout peut s’écrouler si vos hommes ne sont pas à leur place au moment où vous faites sauter tel bâtiment ennemi.

Des environnement superbes et variés, avec parfois de GROS objectifs à détruire (ici, ni plus ni moins qu'une réplique du célèbre Bismarck) !

Car oui, il s’agit bien d’un jeu authentiquement difficile. Les vingt missions sont dans leur majorité très ardues, et nécessiteront de votre part réflexion, talent et timings très serrés. Croyez-moi, assassiner tel ou tel garde est parfois calculé à la seconde près. L’I.A est souvent retorse, parfois trop (parfois très conne aussi), mais dans l’ensemble c’est assez réaliste. Le summum de la frustration étant quand vous sauvegardez, vous croyant en sécurité, et que ces connards de gardes vous repèrent juste après, condamnant ainsi votre précieuse sauvegarde. Un conseil donc : utilisez deux fichiers de sauvegarde.
Mais cela ne doit en rien éclipser les qualités de ce jeu. L’ambiance est bien là, les décors sont léchés, les maps souvent grandes, l’immersion au top, les tripes se serrent au moment de sortir de votre planque pour tenter une action. Les décors sont également variés : de la Norvège à l’Afrique du Nord en passant par la France, les vingt missions vous font voir du pays.  Les objectifs ont peut-être tendance à un peu se ressembler (grosso modo, il s’agit toujours de détruire des structures ennemies, que ce soit un QG, une station radar, des avions et j’en passe) mais finir chaque mission est tellement gratifiant et spectaculaire qu’on passe l’éponge sur cet aspect légèrement routinier. De plus, on a droit à quelques cinématiques composées d’images d’époque, rien de tel pour se plonger encore plus dans l’atmosphère de la seconde guerre mondiale ! On sent que le soft a été réalisé par des passionnés d’histoire, tout le jeu transpire de cette recherche d’authenticité et de cette volonté de plonger le joueur au cœur de l’enjeu dramatique des missions.

Côté points noirs, citons en premier l’aspect sonore : la musique inexistante et la voix des Commandos risquent fort de vous pousser à couper le son du jeu et à écouter votre propre bande-son tout en jouant. Citons aussi une conduite des véhicules assez déplorables, avec son lot de collisions hideuses autant qu’inexpliquées,  c’est horriblement énervant. Vos hommes peuvent s’avérer con et le pathfinding est également parfois défaillant. Avec un jeu moins dur, cela aurait pu passer, mais dans Commandos, où vous n’avez pour ainsi dire pas le droit à l’erreur, ça passe mal, très mal !

Il s’agit donc d’un très bon jeu, ultra-immersif et à la jouabilité aux petits oignons (le temps d’apprendre quelques raccourcis claviers, et vos hommes vous répondront au doigt et à l’œil !), unique en son genre (pour une fois que WW2 ne rime pas avec fusillades sans fin), réservant plein de surprises et de challenge au joueur. C’est pas pour tout le monde, vous êtes prévenus. Et même si vous vous sentez d’aller jusqu’au bout, vos nerfs n’en ressortiront pas indemnes, parole ! Je suis moi-même à bout de nerfs au moment d’écrire cette review, maso comme je me suis, je me suis d’ores et déjà lancé à l’assaut de l’extension ! COMIN’ RIGHT OVER SIR !

Mon béret vert est repéré ! Notez également mon espion, en bas, en train de détourner l'attention d'un soldat ennemi.

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Restless de Gus Van Sant (2011)

Hello, le fromage est de retour avec, au menu, une petite chronique ciné : le dernier Gus Van Sant, répondant au doux nom de Restless. C’est parti !

De quoi ça parle ?

Enoch n’est définitivement pas un jeune homme comme les autres. Non content de partager son quotidien avec le fantôme d’un kamikaze japonais (avec qui il joue à la bataille navale, et contre qui il perd systématiquement, notez l’ironie du propos), il cultive aussi une passion un peu étrange : assister à toutes les cérémonies funèbres qui lui passent sous la main, même celles d’inconnus. Sauf qu’un jour, c’est l’enterrement de trop. Un type harangue notre héros, le prévient qu’il est dans son intérêt d’arrêter son petit jeu malsain. C’est à ce moment précis qu’Annabel, une jeune fille croisée quelques instants plus tôt, vient lui sauver la mise. Peu à peu, les personnages font connaissance. Jusqu’à ce qu’Enoch découvre que sa nouvelle amie est souffrante d’une tumeur au cerveau. Il ne lui reste que quelques mois à vivre. Ainsi en sera-t-il de leur relation…

C’est bien / c’est pas bien ? Pourquoi ?

J’espère ne pas être le seul, mais ce pitch m’en a rappelé un autre, sorti un peu avant : La Guerre est Déclarée. Un parallèle entre les deux est tentant et aurait sûrement été intéressant, mais je n’ai pas vu le long-métrage de Donzelli. De plus, ce film était le premier Gus Van Sant que j’ai eu l’honneur de voir. Oh, mais ? Quel est cet énorme bruit ? Ah oui, c’est celui de ma crédibilité qui vient de se casser la gueule. Bon, continuons quand même.

Et disons-le tout de suite : c’est un film qui m’a laissé perplexe. Et pas spécialement dans le bon sens du terme. En fait, je n’arrive pas vraiment à décider si ce film est un vibrant hommage à la vie,  ou seulement un film de plus dans le genre. Il faut avouer que le constat de base, les situations développées dans le film, et même ses personnages, navigue à la frontière du cliché.

Oui, car le postulat « la vie est trop courte, profitons-en », c’est quand même pas tout neuf. Au pif, je pense là, tout de suite, à « Sans Plus Attendre » (« The Bucket List » en VO). Et le film de nous proposer quelques scènes dispensables. Je pense par exemple à ce long dialogue devant la tombe des parents d’Enoch, avec les deux jeunes gens qui font comme s’ils leur répondaient…Plus tard, Enoch essayera de détruire la sépulture, dans une scène larmoyante et là encore dispensable.

Et pourtant, la sauce prend quand même. Et Van Sant semble avoir pleinement conscience qu’il va falloir qu’il traite son sujet avec finesse et originalité. Le pari n’est pas totalement réussi, mais le réalisateur semble en jouer avec un second degré certain. En témoigne cette scène où l’on croit qu’Annabel va mourir, alors qu’il ne s’agit que d’une répétition pour le jour où Annabel mourra… une fausse piste formidablement bien trouvée, à mon sens.

Ce qu’il y a d’intéressant avec Restless, quand on y réfléchit bien, ce sont les rapports que ce trio de personnages entretiennent avec la mort. On a tout d’abord Enoch, celui qui a connu la mort quelques minutes, qui n’a pas pu dire adieu à ses parents, complètement enfermé dans son monde, à qui l’échéance de la mort d’Annabel va sans doute permettre de relativiser et reprendre goût en la vie.
Puis, on a Annabel elle-même, qui en dépit du terrible et court sursis qu’il lui reste, est celle qui est la plus fascinée par la vie. Naturaliste et fan devant l’éternel de Charles Darwin, elle plaisante toujours à propos de sa maladie, va de l’avant,  sait la chance qu’elle a d’avoir rencontré Enoch.
Enfin, on a Hirochi, notre ami kamikaze, qui lui a connu la mort, au combat, pour sa patrie. De simple figurant un peu comique, il gagne en intérêt et en consistance au fur et à mesure du film. Il agit comme la conscience d’Enoch, la voix en lui-même qui sait quoi faire. Son rôle sur la fin du film sera crucial. Je n’en dis pas plus.

Au final, un film pas dénué de charme et de force, se ménageant quelques très bonnes scènes (la dernière, très subtile et surprenante), faisant bon usage d’ellipses bien placées pour éviter un déchaînement de pathos malvenu. Et même si tout n’est pas parfait (surcharge de dialogues pas toujours utiles), le film sait trouver un bon compromis. Ni larmoyant, ni trop idéaliste. Les scènes de tendresse entre nos deux héros sont toujours très subtiles et suggestives, et rien n’est toujours rose à 100% : le film ne ménage pas les disputes, les coups durs. On sent bien la gêne qu’Enoch ressent à « voler » Annabel à sa famille lors de ses derniers mois.

Bon, au final je ne suis pas si perplexe que ça. C’est un film de qualité que je recommande. Me reste plus qu’à me pencher sur les autres films de Monsieur Van Sant, à présent…

Rosetta, 18/07/11

Rosetta ! En voilà un groupe qu’il est bon, et dont ni Colossalvoid, ni Halkeron, ni moi ne vous avons encore parlé. Bizarre, ça… mais ça viendra ne vous en faites pas !

Ainsi, même si le concert dont je vais vous parler a déjà quelques semaines au compteur, un petit live-report me semble une bonne entrée en matière à Rosetta. En deux mots, de quoi s’agit-il ? D’un groupe américain de sludge (et aussi un petit peu post-rock) dont les chansons traitent de l’espace et du cosmos. Un intérêt qui ne se ressent pas que dans les paroles mais aussi dans la musique, avec un aspect souvent aérien malgré les riffs méga plombés et la voix particulièrement hurlée.

Donc, en ce lundi soir, c’est parti pour une soirée bien hipster, entre connaisseurs. Il va sans dire que la majorité du public présent se retrouvera, cinq jours plus tard, au concert des excellents Neurosis. Pas mon cas, hélas.

Après avoir retrouvé l’ami Halkeron et Vivi (une bourgeoise sludgeuse sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, mais dans un autre article, promis), et après nous être restaurés, nous pénétrons en cette petite salle parisienne, très conviviale au demeurant, qu’est le Klub. On a bien fait d’arriver en avance, la salle se remplira sans discontinuer. Vu la notoriété du groupe dans le genre, la rareté de ses passages en France et la capacité de la salle, nul doute qu’on va être de plus en plus serré.  Et en effet, la marge de manœuvre dont moi et mes camarades disposeront se réduira au fur et à mesure des quatre groupes qui vont se succéder ce soir-là.

On attaque sous les meilleurs auspices avec Zéro Absolu ! Un one-man band venu d’Annecy, plus franchement orienté post-rock. Et notre homme d’assurer toutes ses compos tout seul, un instrument après l’autre, en enregistrant des boucles instrumentales, comme un véritable homme-orchestre.  Comme je pense qu’une vidéo vous parlera plus, voici (je précise toutefois que cette vidéo n’est pas celle de ce lundi soir mais d’une autre date) :

Il paraît que c’est une pratique pas si isolée que ça, mais c’était la première fois que je voyais cela. J’ai été séduit par ce procédé, on pouvait vraiment apprécier la montée en puissance des compos, très solides au demeurant. Je ne me suis pas encore procuré les albums du monsieur, mais c’est prévu, et dans un avenir trèèès proche !

Deuxième groupe : Lost In Kiev ! Encore des français ! Officiant dans le même style,  ils s’emploient à nous faire passer un bon moment et s’en sortent bien.  Chaque morceau contient ses bons moments, et même si je décroche parfois, l’intervention de Mike Armine, vocaliste de Rosetta, achève de me convaincre. La moins bonne première partie à mon sens.

Alors que la foule commence vraiment à se faire compacte, que je squatte les premiers rangs depuis le tout début de la soirée avec un mal de dos qui s’intensifie, s’installe sans tarder City Of Ships. On commence à entrer dans un registre plus violent et hardcore, les compos charclent sévèrement, le vocaliste aussi, quelques pogos éclatent. Le son est clair, puissant, de qualité. Et même si je n’avais pas du tout écouté le groupe avant, j’apprécie quand même la musique proposée et m’échauffe un peu les cervicales avant LA tête d’affiche !

Dernier changement de matos, dernière attente. Je piétine, la salle est remplie jusqu’à la masse critique, l’impatience monte, des bourrés mongoliens lancent « alors ça vient ? on a pas le temps ! on est pas là pour cuire des haricots ! » , et autres preuves d’intelligence.  Si vous lisez ces mots par hasard : allez vous faire foutre (décidément mes live-reports se transforment en règlement de compte).

Bref, Rosetta arrive sous les hourras. Les setlists du groupe américain sont souvent variables, donc on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Mais mon sang ne fait qu’un tour quand je reconnais « Red In Tooth And Claw », issue de l’album « Wake / Lift ». Pour commencer le concert, y’a pas mieux, et l’assistance headbangue comme un seul homme.

Le gros point fort de ce concert, c’était indéniablement la proximité avec le groupe. On peut pas faire mieux dans le domaine. Mike Armine qui vous gueule dessus à bout portant, fendant la foule, allant jusqu’au fond de la salle, revenant, slammant, c’est assez magique. Les vagues pogotiques se déchaînent par instants dans un certain chaos. On manque même de renverser le laptop d’Armine dans tout ce bordel. Niveau setlist, pas tellement de surprises en fin de compte : pas de morceaux du premier album, beaucoup d’extraits du dernier, dont « Release », avec la voix claire du bassiste. La grosse surprise est quand même arrivée en fin de concert, au moment du rappel : alors que tout le monde s’attendait à « Wake », Rosetta nous sort « Monument » ! Une rareté live qui fait bien plaisir. C’est une salle surchauffée et un Mike Armine en sueur, assis au bord de la scène que nous quittons après ce dernier moment de bravoure, pleinement satisfaits par cette très bonne soirée !

(NDLR : j’ai tenté de prendre quelques photos du concert, mais elles sont vraiment piteuses, et je n’en ai pas trouvé d’autres. Donc, va falloir vous contenter de l’affiche pour le moment, navré.)

Ni à vendre, ni à louer

Hop-là ! La Gazette Du Platypus est de retour après quelques jours de farniente… faut dire, ce sont les vacances !

Et c’est un film qui sent bon les vacances dont je veux vous parler. Ooooh, quel enchaînement fabuleux ! Je sais, je sais. J’ai été à bonne école. J’accepte les paiements Paypal.  Bon, allez, plus sérieusement, j’ai envie de vous faire part d’un petit film confidentiel qui fut pour moi une découverte foutrement sympathique.

L'affiche du film. Sacrée galerie de personnages, vous en conviendez.

Deuxième film de Pascal Rabaté, dont je n’avais pas vu la première réalisation. Malgré le côté confidentiel du film, le casting ne vous sera pas inconnu, je pense. Jugez plutôt : Jacques Gamblin, Gustave Kervern (le taré du Groland qui fait Super Soupe Au Lait), Maria de Medeiros, François Damiens, Dominique Pinon (mais si, le mec avec son magnétophone dans Amélie Poulain !)… bref, pas que des anonymes non plus.

Quant au film en lui-même, il est très simple à résumer : pendant 80 minutes quasiment muettes, le film nous expose, l’une après l’autre, des tranches de vie d’une galerie de personnages qui vaut le détour ! Le tout pendant un week-end de vacances au bord de l’Océan. On trouvera pèle-mêle deux punkettes lesbiennes, le gérant d’un supermarché aux rayons quasi vides, un père de famille qui mène tout à la baguette, un couple enfermé dans sa routine et sa maison de vacances, microscopique et improbable… et bien d’autres encore. Évidemment, tout ce petit monde ne va pas se contenter de rester dans son coin, mais va se rencontrer, fortuitement ou non, au cours du film. Les situations émouvantes, plus cocasses ou carrément délirantes, les quiproquos, les rencontres s’enchaînent alors. Le film vibre de ces petits riens qui font tout le sel de l’existence, filmés avec une grande simplicité et une tendresse communicative. On rit souvent, ou l’on est plus touché, comme lors de cette scène où le vent se déchaîne pendant une nuit, et semble révéler tout le monde au grand jour. Une scène pourtant bête comme chou, mais que je trouve d’une justesse étonnante. Et tout ça, je le rappelle, sans le moindre mot.

Mais attention ! Car simplicité et dépouillement, ça ne signifie pas systématiquement vide et banalité. De banalité ici il n’est point question, et le film fait preuve d’une grande inventivité et d’une poésie évidente dans chaque rebondissement, dans chaque situation, aussi minimes soient-ils. Le tout souligné par une jolie performance collective des acteurs, qui, privés de parole, font tout passer, émotions, intentions, dans les regards, les sourires, les soupirs, voire même les hoquets (allez voir le film, vous comprendez !).

Ce film, ce serait un petit peu l’antidote parfait à Transformers 3 par exemple : à l’heure de la 3D, des blockbusters plein à ras-bord d’explosions, d’effets spéciaux toujours plus couteux et j’en passe, un film pareil, aussi dépouillé et calme, ça risque de faire tout drôle au spectateur lambda. Mais quel bonheur au final. Si je l’osais (et je vais oser, en fait), je comparerais ce film à une coupe de champagne : c’est léger, c’est frais, ça pétille d’intelligence, et ça nous laisse sur une douce sensation d’euphorie. Recommandable. Très.

Social Distortion 04/07/11 ? TB !

Le lundi 8 juin 2009 est officiellement pour moi l’un des jours les plus importants de toute ma vie. En plus d’avoir été le dernier jour de ma scolarité, c’est en ce jour que je rencontrai un groupe qui pour moi fait figure de légende : Social Distortion. Groupe majeur de punk-rock californien (rien à voir cependant avec toute la scène de skate punk pour ados, SD joue dans un registre bien différent). Ce fut un concert sublime, fabuleux, et tous les qualificatifs qui s’ensuivent logiquement. Le meilleur concert auquel j’ai jamais été. Setlist, son, émotion, interprétation des morceaux, tout convergea, ce soir-là, vers une sorte d’absolu Rock’N’Roll, de sommet de décibels qui me plongea, moi et, j’en suis sûr, beaucoup d’autres, dans un état second.

Une seule et unique phrase nous reste en tête après un concert de ce niveau : « Vivement la prochaine ! » Et bien, c’est fait. La prochaine, c’était y’a quelques jours, le 4 juillet. Fait notable, le jour de l’indépendance américaine (quand je vous disais qu’on a tous des jours importants…). Le Trianon est une salle que je ne connais pas encore, je suis donc curieux et émerveillé au moment d’y entrer, vers 19h30. Très élégante et parfaitement agencée, pile poil de la bonne taille, voilà qui promet un bon concert !

Voici Frank Turner. Bonne bouille, n'est-ce pas ? En plus d'être une excellente première partie !

Rien à redire niveau orga, c’était du solide : tout a commencé en temps et en heure sans problème. C’est ainsi qu’après une attente plus courte que prévue, les lumières s’éteignent. Place à… Frank Turner ! Sans officier dans un style radicalement différent de Social Distortion, le petit anglais se distingue par une approche tout de même nettement plus folk et axée « chanson à texte ». Ceci étant dit, la six-cordes acoustique tenue par Turner était largement soutenue par son homologue électrique, et le résultat était plutôt dépotant. Je ne connaissais pas toutes les chansons jouées, mais celles que j’ai pu reconnaître m’ont très agréablement surpris dans leur interprétation super pêchue à 100 à l’heure. Tous les musiciens sans exception ne se sont pas privés d’afficher leur joie de jouer à Paris. Mention spéciale pour le batteur, son sourire et son implication. Bravo les mecs, bonne première partie.

J’avance encore plus devant, et trépignant toujours plus d’impatience de seconde en seconde, j’attends… SOCIAL DISTORTION, BORDEL DE MERDE ! Et là, les lumières s’éteignent à nouveau. Le coeur s’emballe, je sens qu’on va vivre quelque chose de grand. Après une intro, hem… bizarre, c’est au son de « Road Zombie » que les californiens prennent place. C’est puissant, ça riffe, et Mike Ness est définitivement le mec le plus classe de la galaxie et des galaxies avoisinantes. Il arrive mains dans les poches, l’air décontracté, on lui apporte une guitare, SA guitare mythique… et en avant.

Mike Ness. Oui, il a la classe, l'animal.

Oui, en avant pour un festival de rock, d’énergie, de tubes, et d’émotion. Depuis le concert mentionné en tout début d’article, Social Distortion a sorti un nouvel album (excellent soit dit en passant, mais ne m’écoutez pas, je suis un fan et je suis con). Cinq extraits nous seront joués, en comptant l’instrumental introductif. SD est connu pour varier relativement ses setlists, et c’est une bonne chose, ça évite d’avoir de la redite d’un concert à l’autre : j’ai donc grandement apprécié d’avoir un petit « Nickels And Dimes » en début de concert, après « Bad Luck », le tube de 1992 bien fédérateur. Pas fou non plus, la bande de Mike Ness n’use pas toutes ses cartouches d’un seul coup et alterne morceaux ultra fédérateurs (« Story Of My Life », en troisième position dans la setlist, a achevé de réveiller la salle), voire carrément bourrins (« Don’t Drag Me Down » en rappel, cette boucherie dans la fosse) avec des morceaux plus posés où l’on chante à pleins poumons les deux mains levées au lieu d’assommer ses voisins à grands coups de tatane.  Parmi ce genre de morceaux, citons « Ball and Chain », rehaussée d’acoustique, et « Prison Bound », titre éponyme de leur album de 1988. Tout simplement génial, un grand moment d’émotion, entier et magique.

J’étais assez curieux de savoir comment Social Distortion allait gérer en live les voix gospel présentes sur deux des morceaux du nouvel opus : « California (Hustle and Flow) », et « Can’t Take It With You ». Je m’attendais à ce qu’elles soient samplées, mais non : deux choristes afro-américaines sont venues sur scène en fin de concert pour assurer les parties vocales des morceaux énoncés plus haut. Elles n’ont d’ailleurs pas manqué de se faire siffler, étant venues… en tenue d’été, dirons-nous. Tant que je parle de ces deux morceaux, dommage que le son à la fin de « Can’t Take It With You » ait été brouillon à la fin. Un sacré bordel même, chacun essayant de jouer plus fort que son voisin. On aurait même dit que le bassiste ne savait plus où il en était. Mais c’est le seul (court) moment où le son ne m’a pas donné satisfaction.

Allez, je pense qu’il est quand même temps d’aborder le principal point faible de cette soirée : le public ! Bin ouais, j’ai trouvé qu’un mauvais esprit régnait sur le Trianon pendant ce concert. Commentaires désobligeants pendant les prises de parole de Ness entre les morceaux, interventions déplacées… bref une bonne grosse proportion de beaufs était présente ce soir-là. A noter le duo de mongolos qui n’avait qu’une seule chose en tête : attendre la moindre occasion pour pousser tout le monde sans réfléchir. L’avait pas l’air malin, l’animal, avec son t-shirt Dropkick Murphys (bon groupe au demeurant, dommage d’être aimé par un con) et sa casquette. Message perso si tu lis ce billet, d’ailleurs : va faire liposucer ta graisse ailleurs et ne remets plus les pieds à ce genre de concerts, il en va de l’intérêt public, d’avance, merci.

Bon ! Après ce soupçon de bile aussi délicat qu’un match de rugby, il est temps de conclure. Très bon concert donc, qui ne détrônera pas la précédente performance du groupe, mais qui m’a quand même fait sacrément plaisir. En espérant les revoir une troisième fois avec un public un peu plus respectueux.

C’est c’ui qui dit qu’y est

Avant de partir en vacances, le fromage a envie de repartir en croisade avec un nouveau coup de gueule.  En effet, il y a de ça une dizaine de jours environ, je suis tombé, fort par hasard, sur un spot télé de la Sécurité Routière. Hasard d’autant plus improbable que mon temps passé devant le petit écran est pour ainsi dire réduit à peau de chagrin ces dernières années. Ne me demandez pas pourquoi, vous le savez.

Bref, je tombe sur ce spot, et j’en ressors consterné. Comme si le gouvernement ne s’était pas encore suffisamment couvert de ridicule avec la campagne sur Hadopi (putain, j’en ris encore).  Faut croire qu’il lui restait encore un peu de potentiel comique, puisque voici… ÇA (regardez, on en reparle juste après) :

C’est bon, vous avez perdu quarante-sept secondes de votre vie ? Voilà, je n’ai pas grand-chose à ajouter, ce billet touche déjà probablement presque à sa fin. Pour faire court, j’ai réellement cru que ce spot de prévention était en fait une vraie pub pour une marque de voiture, qui jouerait sur le registre comique, en brocardant gentiment la tendance que le conducteur français a à s’énerver après la putain de Mercedes immatriculée allemande qui lui barre la route vers Palavas à chaque mois de juillet.
Je vais pas passer chaque détail en revue, mais un ou deux visionnages suffisent pour se rendre compte du grotesque de la chose. Car c’est bien connu, les Ford Fiesta vont jusqu’à 260 km/heure. C’est connu aussi qu’il suffit au client moyen de s’installer à bord d’une voiture chez un concessionnaire, manipuler le levier de vitesse et les pédales dans des craquements indignes de la bande-son de La Famille Adams pour être convaincu et l’acheter. « Allez, Germaine, monte ! » Sans parler du regard culpabilisant totalement hors de propos de Mme Chauffard et de ses deux marmots.

Bref, moi qui suis pourtant sensible à ce sujet qu’est la Sécurité Routière, ayant été victime d’un accident de voiture (sans gravité cependant), je trouve le parti pris de cette pub nul. Faire culpabiliser des millions d’automobilistes comme ça, c’est purement naze. Les précédentes campagnes de sécurité routière, dans un registre plus choquant, avaient au moins le mérite de marquer et d’interpeller. Mes collègues ne seront peut-être pas d’accord avec moi (qu’ils crèvent violés par des gibons tétaniques), mais pour le coup, je trouve ça purement à gerber.  Enfin merde, si on peut plus klaxonner ou insulter son prochain au volant…  alors, les gens dangereux, ça serait sans doute plutôt les Sarko & co qui roulent en Vel Satis à des vitesses improbables, et sans amendes, hein, faut pas déconner. Bref, c’est c’ui qui dut qu’yest (à pub de merde, conclusion de merde).

Vierge de Fer, Petit Journal et crampes d’estomac [Live Report]

Peu de gens peuvent se lever le matin en se disant, à l’instar d’un Will Smith, « Je suis une légende ».  Et pourtant, c’est une réflexion que les six britanniques d’Iron Maiden ont du se faire plus d’une fois. Et ce lundi 27 juin 2011, à 19 ans,  j’ai rendez-vous avec la légende.

Iron Maiden, c'est l'assurance d'un grand show avec de grands moyens.

Évidemment, je suis en droit de me dire que je suis né trop tard, que le dernier album de la Vierge de Fer, l’ennuyeux « The Final Frontier », est loin d’être terrible, que ce concert s’annoncera très carré, trop peut-être, que la proximité avec le groupe (chose qui m’est chère) ne sera évidemment pas de la partie, mais toutes ces remarques froides ne pèsent pas un gramme face à l’enthousiasme qui me saisit et ne me lâche pas en cette caniculaire fin d’après-midi, tandis que je retrouve l’ami KID66 pour me rendre avec lui au Palais Omnisports de Paris-Bercy, nous faufilant à travers un Châtelet au-delà du saturé et absolument étouffant de chaleur.

Une fois sorti du métro, difficile de s’y tromper : on y est ! Chevelus dans tous les sens, gueulant de leur mieux en guise de signe de ralliement, des bouteilles / canettes de bière absolument partout sur les marches de Bercy… tandis que je fais la queue, des fans de Maiden apparaissent au balcon du Novotel juste en face de la salle, et brandissent un drapeau anglais, ce qui suscite une vive réaction de la part de la file d’attente.

Une fois rentré, c’est l’émerveillement : je n’avais encore jamais fait de concerts à Paris-Bercy. Bah putain, c’est quand même assez renversant, la clameur de cette foule titanesque, tout autour de moi, où que je tourne les yeux : à droite, à gauche, derrière, la fosse devant moi… je prends même une à deux minutes pour reprendre mes esprits et tenter sereinement de trouver une place avantageuse dans la fosse. Après m’être assuré au passage que la première partie était bien passée (le fils à Dickinson, merci bien hein !), je trouve une place et commence à littéralement piétiner d’impatience.

Les lumières s’éteignent plus rapidement que prévu et là, les tripes se resserrent… au sens propre, en fait, puisque j’en viens au premier problème qui m’a gêné pendant le concert : mon estomac ! Celui-ci m’a en effet incroyablement fait souffrir pendant la quasi-intégralité du concert. Rien à voir avec le concert proprement dit, donc, mais à cause de coup du sort, je n’ai pas pu profiter du concert autant que j’aurais voulu. En deuxième moitié de concert, ça deviendra même vraiment douloureux et je suis obligé de me courber en deux toutes les cinq minutes. C’était vraiment pas le jour pour ça.

Enfin, ceci étant mis de côté, je n’ai pas grand-chose à redire sur le show en lui-même : c’est certes carré et très préparé, mais ça n’empêche pas Dickinson de se fendre de quelques interventions dans un français pas mauvais du tout. Ça joue bien, le son est extrêmement fort (les bouchons d’oreille m’ont été bien utiles, pour le coup) mais assez bien équilibré. Chaque musicien trouve sa place dans le mix. Niveau setlist, pas mal de titres des années 2000 (dont cinq du dernier opus, qui passent un peu mieux sur scène qu’en studio), mais pas des moindres : « The Wicker Man », « Blood Brothers », « Dance Of Death »… de bons morceaux bien fédérateurs, avec de nombreux « wooooh wooooh » à la clé, et d’épiques duels de six-cordes, menés de mains de maîtres par le trio de guitaristes.  Côté GRANDS classiques intemporels, nous avons « Two Minutes To Midnight » en début de concert, « The Trooper », « The Evil That Men Do », « Fear of the Dark », et en rappel, « The Number of the Beast », le divin « Hallowed Be Thy Name », « Iron Maiden » ou encore « Running Free ».

YOU TAKE MY LIFE BUT I'LL TAKE YOURS TOO !

Niveau visuel, le paquet a été mis (mais on en attendait pas moins d’Iron Maiden) : intervention d’un Eddie comme sur la pochette de The Final Frontier pendant un morceau, un buste géant d’Eddie qui surgit du derrière de la scène, avec ses yeux rouges qui percent la semi-pénombre de Bercy…  dans un registre moins surprenant, on retrouve toujours Bruce habillé en soldat anglais, agitant un drapeau de la même nationalité de toutes ses forces pendant l’incontournable « The Trooper »…  du grand show !

En un mot comme en cent, et en mettant mon fâcheux problème gastrique de côté, je dirai que voir Iron Maiden, c’est comme n’importe quel concert, mais avec les avantages (comme les inconvénients) multipliés par dix. Les avantages, c’est le côté fédérateur du show, l’ambiance dans la foule (ça sautait et pogotait un peu partout, même les spectateurs en gradin étaient en ébullition), l’aspect grand spectacle. Les inconvénients, ce sont la proximité avec le groupe hélas réduite, l’immensité de la foule, le côté prévisible du concert. Mais malgré tout je n’arrive pas à faire le difficile, et me suis régalé.

Anecdote amusante:  en sortant, j’aperçois une équipe technique de Canal +. Une caméra et un micro. J’ai tout de suite compris que ces deux individus étaient là pour couvrir l’événement pour le Petit Journal de Yann Barthès, sans doute pour faire une nouvelle fois passer les metalleux pour des demeurés primitifs et brutaux (je me souviens, non sans une certaine émotion, du « reportage » que nous avait infligé la même émission à l’occasion du concert de Metallica, à Bercy également). Donc, foutu pour foutu, je me suis joint à quelques camarades improvisés pour gueuler aussi fort que possible devant la caméra. Na.

Ainsi se termine une très bonne soirée. Vivement la prochaine, que je puisse en profiter encore plus, et chanter à pleine voix sur « Blood Brothers » sans me contorsionner en deux toutes les trois minutes.

(les photos jointes ne sont pas celles du show d’hier soir, elles sont juste illustratives. J’éditerai l’article dès que j’aurais trouvé des photos du concert de Paris)

Arte ou de l’ouverture d’esprit (bordel !)

Mais quelle bonne surprise que celle sur laquelle je chus ce matin même, au gré de mes pérégrinations sur la Toile !  Vous n’êtes pas sans savoir, en effet, que le Hellfest fait rage (enfin, finit de faire rage) au moment où j’écris ces lignes virtuelles.  Six ans déjà pour la plus grosse manifestation metal (et punk hardcore) de l’Hexagone. Mais un an seulement que l’existence du festival s’est révélée au grand jour, et, ô étonnement, a suscité une polémique aussi inutile que ridicule. Accusé de tous les côtés de festival « sataniste », « véhiculant la mort », et d’autres montagnes de conneries dont j’ai la chance de n’avoir aucune souvenance, le Hellfest dérangeait. Et plus généralement, révélait le heavy metal à la ménagère de moins de 50 ans, déjà gavée comme une oie du Sud-Ouest à la désinformation made in PAF, à grands renforts de reportages minables et alarmistes. J’arrête là mon déversement de bile envers la façon dont est considérée la musique metal (et même rock, plus généralement) en France, sans conteste le pays le moins Rock’N’Roll de la planète Terre.

Merci à Arte de mener la résistance contre les préjugés.

BREF. Venons-en au fait. Ainsi donc, ce matin, tandis que je naviguais sur Internet, je découvre Arte Live Web. Enfin, quand je dis « découvre »… je connaissais déjà le site,  qui avait diffusé le concert de Gojira, la fierté metal de l’Hexagone, aux Vieilles Charrues. Un concert top of the pops, avec setlist originale, qualité son et vidéo au top, que du bonheur j’vous dis ! Je me souviens à l’époque, je m’étais dit « quel dommage qu’on n’ait pas droit à plus de concerts comme ceux-là ! ». Hé bien, faut croire que j’ai été entendu, car Arte Live Web se fait le partenaire du Hellfest, avec la diffusion en live ou en différé d’un bon nombre de concerts : Sodom, The Exploited, Oprhaned Land… pas des moindres représentants de ma musique favorite donc ! Je me suis donc régalé ce matin en suivant une partie du concert de Kreator. Du thrash (et non trash, comme l’a par exemple récemment écrit un quotidien français en parlant du Sonisphère… pauvre France, décidément) teuton au vitriol au saut du lit, y’a que ça de vrai.

Déjà comblé, j’ai été achevé en tombant sur un article au sujet du metal. Un VRAI article. Honnête, exhaustif, intelligent et pertinent, qui a l’intelligence de ne pas céder aux clichés tellement faciles, tellement éculés qui voudraient présenter le metal comme une musique nocive, et nous remettre dans le droit chemin pavé de David Guetta et autre Colonel Reyel. Alors merci, merci cent fois Arte, ou plutôt à Mme Lucile Sourdès à qui on doit ce bel article.

Arte, une vraie chaîne curieuse, ouverte d’esprit. Arte, comme un petit village d’irréductibles gaulois qui résistent encore et toujours aux envahisseurs que sont la désinformation, le journalisme de pacotille et les préjugés ridicules. Bravo.

C’est ici que ça se passe  !

Saturnus – For the Loveless Lonely Nights

Le Danemark ? Jamais foutu les pieds, mais en y réfléchissant, ce pays a produit pas mal de très bons groupes, proportionnellement à sa taille ! Et aujourd’hui, je m’attaque à Saturnus, des doomsters plus vraiment actifs (site officiel HS, dernier album en 2006…). On remonte donc en 1998, pour un petit passage en revue de leur EP sorti entre leurs deux premiers albums.

Saturnus, c’est un peu un de mes groupes « Madeleine de Proust ». Le genre de groupes que j’avais découvert par des hasards sans doute improbables, en butinant par-ci, par-là, en parcourant au hasard des pages internet, à l’époque où je téléchargeais un par un les titres des groupes dont j’entendais parler… sur frostwire (hop, + 10 points de loose pour bibi !). Bref, Saturnus, un vague vestige du passé dont je ne connaissais que quelques titres.  Je suis donc revenu vers la formation récemment, en m’attaquant à ce petit EP. Au menu donc : six titres, dont 4 inédits (l’un d’eux, « Thou Art Free », se retrouvera sur l’album suivant du groupe, Martyre), et deux titres en live.

On a affaire à du doom death assez larmoyant. Tous les ingrédients sont bel et bien au rendez-vous :  tempos pesants, pas mal de piano, de la guitare acoustique pour rendre les morceaux plus soyeux, et bien sûr ces inévitables leads de guitare si typiques, dans les aigus, mélancoliques à souhait. Je pourrais faire mon Didier Super et m’exclamer « Y’en a marre, marre, du doom ! » (NDLR : n’importe quoi) si ce n’était pas aussi réussi. On est transporté le long de l’écoute, par le talent de ces Danois à nous communiquer la peine, les regrets, l’angoisse, à nous les suggérer sans nous les imposer. Les titres sont relativement variés sans rendre l’album hétérogène : le titre d’ouverture, bien doom / death avec son refrain growlé (le growl du chanteur est assez spécial, profond sans être réellement violent, mais en tous les cas, vraiment prenant), nous plonge de suite dans une ambiance forcément propre à l’introspection. Le titre qui suit, par exemple, propose quelque chose de moins écrasant mais de bien plus lumineux, avec chant clair, acoustique et violons. Posé comme ça, on est en droit de s’attendre à un titre bidon et stéréotypé de doom pour chouineuses, mais c’est une vraie belle réussite.

Un mot sur les deux titres en live. Très réussis, mais à part quelques applaudissements à la fin et l’annonce du titre au début, on croirait entendre la version studio, l’illusion est parfaite ! Cela dit, comme je viens de le dire, ces deux morceaux s’écoutent avec plaisir (un plaisir masochiste tout de même, n’oublions pas qu’il s’agit de doom metal). Le renfort apporté par des chœurs  féminins est le bienvenu, conférant une dimension assez mystique à l’ensemble.

Carton rouge en bout de parcours tout de même, avec un « Consecration » chiant comme pas permis, un titre interminable de dark ambient à base de cuivres, de chuchotements louches et de… pas grand chose d’autre. Dommage de finir sur une note négative comme ceci…

Ainsi donc, un EP au caractère bien affirmé, qui a le bon goût de ne pas tomber dans les clichés du genre, nous proposant des titres forts en bouche. Je recommande.

La Gouine d’Escorte

1895… ça vous évoque quoi ? Les hommes bien habillés, portant haut de forme et moustache, les berlines tirées par des chevaux circulant dans les rues d’un Paris fraîchement rénové par Haussmann ? Maupassant ? Ou encore l’Europe, déjà échaudée par de nombreux conflits, sur le point de sombrer dans la grande guerre ?

Un peu tout ça j’imagine.  Et bien moi je veux vous parler d’un… « film », ou plutôt d’une séquence filmée de trente secondes qui date de cette époque. J’ai découvert ce truc en fouillant le profil RYM de l’ami Xonx, puis me suis empressé d’aller le voir. C’est signé Alfred Clark (qui ça ?) et ça n’a pas grand intérêt, si ce n’est pour l’intérêt historique du truc, avec l’un des premiers effets spéciaux du cinéma (on parle de « trick movie »).

Ça se passe par ici, et c’est à vos risques et périls :

Bon appétit.