Restless de Gus Van Sant (2011)

Hello, le fromage est de retour avec, au menu, une petite chronique ciné : le dernier Gus Van Sant, répondant au doux nom de Restless. C’est parti !

De quoi ça parle ?

Enoch n’est définitivement pas un jeune homme comme les autres. Non content de partager son quotidien avec le fantôme d’un kamikaze japonais (avec qui il joue à la bataille navale, et contre qui il perd systématiquement, notez l’ironie du propos), il cultive aussi une passion un peu étrange : assister à toutes les cérémonies funèbres qui lui passent sous la main, même celles d’inconnus. Sauf qu’un jour, c’est l’enterrement de trop. Un type harangue notre héros, le prévient qu’il est dans son intérêt d’arrêter son petit jeu malsain. C’est à ce moment précis qu’Annabel, une jeune fille croisée quelques instants plus tôt, vient lui sauver la mise. Peu à peu, les personnages font connaissance. Jusqu’à ce qu’Enoch découvre que sa nouvelle amie est souffrante d’une tumeur au cerveau. Il ne lui reste que quelques mois à vivre. Ainsi en sera-t-il de leur relation…

C’est bien / c’est pas bien ? Pourquoi ?

J’espère ne pas être le seul, mais ce pitch m’en a rappelé un autre, sorti un peu avant : La Guerre est Déclarée. Un parallèle entre les deux est tentant et aurait sûrement été intéressant, mais je n’ai pas vu le long-métrage de Donzelli. De plus, ce film était le premier Gus Van Sant que j’ai eu l’honneur de voir. Oh, mais ? Quel est cet énorme bruit ? Ah oui, c’est celui de ma crédibilité qui vient de se casser la gueule. Bon, continuons quand même.

Et disons-le tout de suite : c’est un film qui m’a laissé perplexe. Et pas spécialement dans le bon sens du terme. En fait, je n’arrive pas vraiment à décider si ce film est un vibrant hommage à la vie,  ou seulement un film de plus dans le genre. Il faut avouer que le constat de base, les situations développées dans le film, et même ses personnages, navigue à la frontière du cliché.

Oui, car le postulat « la vie est trop courte, profitons-en », c’est quand même pas tout neuf. Au pif, je pense là, tout de suite, à « Sans Plus Attendre » (« The Bucket List » en VO). Et le film de nous proposer quelques scènes dispensables. Je pense par exemple à ce long dialogue devant la tombe des parents d’Enoch, avec les deux jeunes gens qui font comme s’ils leur répondaient…Plus tard, Enoch essayera de détruire la sépulture, dans une scène larmoyante et là encore dispensable.

Et pourtant, la sauce prend quand même. Et Van Sant semble avoir pleinement conscience qu’il va falloir qu’il traite son sujet avec finesse et originalité. Le pari n’est pas totalement réussi, mais le réalisateur semble en jouer avec un second degré certain. En témoigne cette scène où l’on croit qu’Annabel va mourir, alors qu’il ne s’agit que d’une répétition pour le jour où Annabel mourra… une fausse piste formidablement bien trouvée, à mon sens.

Ce qu’il y a d’intéressant avec Restless, quand on y réfléchit bien, ce sont les rapports que ce trio de personnages entretiennent avec la mort. On a tout d’abord Enoch, celui qui a connu la mort quelques minutes, qui n’a pas pu dire adieu à ses parents, complètement enfermé dans son monde, à qui l’échéance de la mort d’Annabel va sans doute permettre de relativiser et reprendre goût en la vie.
Puis, on a Annabel elle-même, qui en dépit du terrible et court sursis qu’il lui reste, est celle qui est la plus fascinée par la vie. Naturaliste et fan devant l’éternel de Charles Darwin, elle plaisante toujours à propos de sa maladie, va de l’avant,  sait la chance qu’elle a d’avoir rencontré Enoch.
Enfin, on a Hirochi, notre ami kamikaze, qui lui a connu la mort, au combat, pour sa patrie. De simple figurant un peu comique, il gagne en intérêt et en consistance au fur et à mesure du film. Il agit comme la conscience d’Enoch, la voix en lui-même qui sait quoi faire. Son rôle sur la fin du film sera crucial. Je n’en dis pas plus.

Au final, un film pas dénué de charme et de force, se ménageant quelques très bonnes scènes (la dernière, très subtile et surprenante), faisant bon usage d’ellipses bien placées pour éviter un déchaînement de pathos malvenu. Et même si tout n’est pas parfait (surcharge de dialogues pas toujours utiles), le film sait trouver un bon compromis. Ni larmoyant, ni trop idéaliste. Les scènes de tendresse entre nos deux héros sont toujours très subtiles et suggestives, et rien n’est toujours rose à 100% : le film ne ménage pas les disputes, les coups durs. On sent bien la gêne qu’Enoch ressent à « voler » Annabel à sa famille lors de ses derniers mois.

Bon, au final je ne suis pas si perplexe que ça. C’est un film de qualité que je recommande. Me reste plus qu’à me pencher sur les autres films de Monsieur Van Sant, à présent…

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Une réponse à “Restless de Gus Van Sant (2011)

  1. Jérôme V 10 octobre 2011 à 15:10

    point de vue clair et argumenté… moi j’avoue avoir été touché par la « poésie » et le sujet … grave, autant que par le jeu des deux acteurs/héros qui m’a semblé avoir du coeur ET de l’esprit.

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