Archives Mensuelles: octobre 2011

Hellraiser (1987)

Note de l’auteur : la chronique suivante ne constitue pas réellement une description ou même une présentation précise du film, mais plutôt un rapide billet sur un classique que tout le monde devrait déjà avoir vu, et si ce n’est pas le cas ces quelques lignes vous motiveront peut-être à le faire, en tout cas vous avez intérêt.


Hellraiser, ce n’est pas qu’un excellent titre d’Ozzy Osbourne paru sur No More Tears, non, c’est avant tout un film de Clive Barker qui a marqué sur bien des aspects à sa sortie.

Souvent taxé de sous-Carpenter, ersatz de Stephen King et j’en passe, ce pauvre Clive n’a jamais réussi à se faire un nom très reconnu auprès du grand public, et ce n’est pourtant pas faute d’être polyvalent. Entre des romans à succès, des jeux vidéos de son cru ou bien évidemment ses propres films, l’homme peine à voir son nom cité parmi les plus grands alors qu’il y aurait tout à fait sa place, et même plus que certains si vous voulez mon avis. Heureusement pour lui, son esprit torturé et ses idées diaboliques ne sont pas passées inaperçues chez tout le monde…

Hellraiser est l’un de ces classiques du cinéma d’Horreur qui a marqué les années 80 de fort belle manière, et surtout avec originalité. Les Serial-Killers ayant le vent en poupe après le succès d’un certain Jason ou d’un autre Freddy, il aurait été peu judicieux de reprendre la même recette pour lancer sur le marché une nouvelle série à succès, et ça, Clive l’avait bien compris.

La coupe Automne-Hiver 1987. Ca vous cloue le bec pas vrai ?

Ainsi sort Hellraiser, un grand vent frais dans le domaine de l’Horreur, la référence du « Gore-SM » et du paranormal, et un autre très bon représentant de cette époque bénie où les costumes étaient fait main et non digitalisés…

Un scénario original et étonnamment solide pour un film horrifique, encore aujourd’hui, un univers visuel unique, un méchant référentiel, une ambiance au poil, un réalisateur qui sait parfaitement là où il va et ne s’égare pas en chemin… Tout était réuni pour en faire un classique, et fort heureusement c’est le cas aujourd’hui. Hellraiser supporte très bien le poids des années si l’on excepte ces rares mais odieux effets spéciaux lumineux dignes de Power Rangers, pour le reste, les costumes de l’époque sont somptueux, novateurs, le gore omniprésent et les créatures réellement laides. Un coup de maître presque intouchable.

Un film captivant parfaitement rythmé et dirigé avec brio. Clive Barker prouve qu’il n’est pas une bête copie sans intérêt de je ne sais quel autre réalisateur, non, c’est un grand malade, et moi j’aime ça les grands malades.

"Forcément, tous ces cons qui me prennent pour une pâle copie de Cronenberg, ça me met les nerfs à vif..."

NB : Pour ceux qui s’étonneraient de la ridicule et douteuse longévité d’une telle série (Dix films dont un futur remake), voici grossièrement les propos qu’à tenu Barker à la presse concernant le dernier opus de la série qu’il a crée, attention, ça vaut le détour :

« Bonjour les amis. Je veux que l’on comprenne bien que le film ici présent utilisant le mot Hellraiser, N’EST PUTAIN DE PAS DE MOI !! Je n’ai RIEN à voir avec cette saloperie. S’ils prétendent que cela provient de l’esprit de Clive Barker, c’est un mensonge, ça ne sort même pas de mon trou de balle. » *

Je vous l’ai dit, j’aime ce mec.


* Source

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Sheitan (2006)

Alors comme ça, il paraît que j’ai des goûts douteux en cinéma. Bon, je le reconnais en partie, je cède souvent à la tentation et à la facilité. Ainsi, rire grassement et soupirer avec mépris devant le dernier Teen-Movie à la mode m’arrive plus souvent que de constater à quel point Jack Nicholson est un putain d’acteur comme on en a rarement vu. Dans un sens, regarder des films de merde à longueur de temps vous fait apprécier puissance 1000 de vrais chef-d’œuvre, et ça c’est un plaisir indescriptible que les explorateurs de chartes IMDB ne peuvent se permettre. Bon, bref, je suis l’expert du cinéma « Punk » et grossier que tout individu normalement constitué reniera avec dégoût, pour en rire secrètement avec ses potes à l’occasion.
Au moins vous savez à qui vous avez à faire.

Bref, aujourd’hui j’ai décidé de pondre quelques paragraphes sur Sheitan, de Kim Chapiron (Dog Pound), rien que pour vous, mais surtout faute d’avoir mieux à faire. Hum.


Sheitan, le film pas bien que tu vas aimer voir.

Avec une accroche pareille, il y a 75% de chances pour que mes potentiels lecteurs aient déjà quitté la page, donc je peux écrire à peu près ce que je veux. Non bon allez, je vais rester sérieux.
Sheitan est un film français, sorti en 2006 et dirigé par Kim Chapiron, qui nous offrait l’an passé l’excellent Dog Pound. Première expérience du jeune cinéaste, cette comédie noire malsaine à souhait et complètement frappée avait fait l’effet d’une bombe à retardement lors de sa sortie : Vincent Cassel dans un rôle de paysan déglingué et sataniste qui martyrise des racailles la veille de Noël, forcément, ça promettait du lourd. Le lourd, on l’a eu, dans tous les sens du terme d’ailleurs.

Le scénario écarte volontairement toute pensée philosophique et bonne morale et fait un très gros doigt d’honneur aux comédies beaufs dans lesquelles apparaissent, au hasard, Franck Dubosc (au hasard hein je répète). Nous suivons l’histoire d’une bande de petites frappes parisiennes au vocabulaire logeant sur une feuille (pas deux) de papier toilette Monoprix, pas attachants pour un sou et dont on ne leur souhaite qu’une seule chose: mourir. Jusque-là, un film d’horreur assez classique me direz-vous.
La joyeuse troupe décide, suite à une soirée un peu mouvementée, de prendre quelques jours de vacances et fêter Noël dans la maison de campagne d’une jeune pousse aux formes chaleureuses, interprétée par Roxane Mesquida. Loin de tout et perdus au beau milieu d’un environnement aussi passionnant que la Creuse, nos parisiens de choc vont passer un Noël qu’ils ne sont pas prêt d’oublier en la compagnie d’un hôte dérangeant et dérangé, campé à merveille par Vincent Cassel…

Rien que là, on sent une forme d'intelligence inconnue émaner des différents protagonistes

 

Vincent Cassel, bouffon du diable et plus encore.

Vous voyez José Bové ? Dolph Lundgreen ? Nicolas Sarkozy ? Pour une fois  ce dernier n’a rien fait et ne servira qu’à booster les résultats de recherches dirigeants vers mon article (je vous ai dit, je peux écrire ce que je veux, personne ne lit normalement passé le premier paragraphe, d’ailleurs je vous félicite si vous êtes encore là), en revanche si vous assemblez les deux premiers cités, vous obtenez Joseph, rôle de Cassel dans Sheitan. Véritable force de la nature, peu porté sur l’hygiène corporelle et les bonnes manières, cet autochtone envahissant et maladroit va faire vivre à la bande de jeunes le pire Noël qu’on puisse imaginer. Au programme, voyeurisme, violence volontaire, langage ordurier, excision d’organes divers et spécialités locales peu recommandables au voyageur en perdition.

Une bête féroce, un grand comique, le stéréotype grossier vulgaire du paysan, le mec qu’on connaît pas qui fait un peu flipper, le lourd qui s’incruste dès que possible… Vincent Cassel, dans Sheitan, c’est tout ça à la fois, et c’est franchement merveilleux. Les critiques s’accordent pour dire que sans sa performance,  le film n’aurait probablement pas fait grand bruit et n’aurait pas dépassé le cadre de la série Z, mais heureusement, c’est tout l’inverse. Point fort incontestable de la réalisation, ses frasques multiples ne manqueront pas de vous faire rire ou bien vous effrayer, et c’est d’ailleurs sur cet enchaînement d’émotions que Sheitan se démarque habilement des autres: passer du rire à la psychose en un claquement de doigts, c’est pas un phénomène très courant.

Vincent Cassel dans le rôle d'un paysan sataniste illetré... Saisissant de réalisme !

 

La blague qui tue ? Presque.

Comme je l’ai déjà dit plus haut (relisez bon sang..), Sheitan est un film très malsain, agrémenté d’un d’humour noir des plus borderline. Si la première moitié de cet obscène délire oscille entre la comédie et le nanar assumé, la seconde en revanche s’avère bien plus violente et troublante, voire provocante. Aucune compassion pour les héros, aucune envie de les aider, à vrai dire, tout dans ce film est prévu dans l’unique but de les voir souffrir et ne pas sortir en vie de cet enfer campagnard. A mi-chemin entre Texas Chainsaw, Halloween ou bien House of 1000 Corpses, que j’ai précédemment chroniqué (hé oui, là encore, relisez) , Sheitan combine d’une belle manière une atmosphère délirante et pourtant très tendue. Son scénario, très maigre et peu cohérent, ne restera pas gravé en mémoire bien longtemps, de même que son casting tout à fait moyen et fauché… Mais sa direction, son ambiance, son humour révoltant et la performance encore une fois excellente de Cassel suffiront à convaincre les fans d’Exploitation et de cinéma Trash à jeter un œil sur cet essai assez unique dans le paysage horrifique français…

Sheitan, en résumé ? Un film de fou, pour les fous.
Voilà qui devrait bien vous avancer !


PS : les plus malins d’entre vous auront remarqué une image subliminale d’un mauvais goût effroyable lors des premières secondes du générique final… très classe !

Restless de Gus Van Sant (2011)

Hello, le fromage est de retour avec, au menu, une petite chronique ciné : le dernier Gus Van Sant, répondant au doux nom de Restless. C’est parti !

De quoi ça parle ?

Enoch n’est définitivement pas un jeune homme comme les autres. Non content de partager son quotidien avec le fantôme d’un kamikaze japonais (avec qui il joue à la bataille navale, et contre qui il perd systématiquement, notez l’ironie du propos), il cultive aussi une passion un peu étrange : assister à toutes les cérémonies funèbres qui lui passent sous la main, même celles d’inconnus. Sauf qu’un jour, c’est l’enterrement de trop. Un type harangue notre héros, le prévient qu’il est dans son intérêt d’arrêter son petit jeu malsain. C’est à ce moment précis qu’Annabel, une jeune fille croisée quelques instants plus tôt, vient lui sauver la mise. Peu à peu, les personnages font connaissance. Jusqu’à ce qu’Enoch découvre que sa nouvelle amie est souffrante d’une tumeur au cerveau. Il ne lui reste que quelques mois à vivre. Ainsi en sera-t-il de leur relation…

C’est bien / c’est pas bien ? Pourquoi ?

J’espère ne pas être le seul, mais ce pitch m’en a rappelé un autre, sorti un peu avant : La Guerre est Déclarée. Un parallèle entre les deux est tentant et aurait sûrement été intéressant, mais je n’ai pas vu le long-métrage de Donzelli. De plus, ce film était le premier Gus Van Sant que j’ai eu l’honneur de voir. Oh, mais ? Quel est cet énorme bruit ? Ah oui, c’est celui de ma crédibilité qui vient de se casser la gueule. Bon, continuons quand même.

Et disons-le tout de suite : c’est un film qui m’a laissé perplexe. Et pas spécialement dans le bon sens du terme. En fait, je n’arrive pas vraiment à décider si ce film est un vibrant hommage à la vie,  ou seulement un film de plus dans le genre. Il faut avouer que le constat de base, les situations développées dans le film, et même ses personnages, navigue à la frontière du cliché.

Oui, car le postulat « la vie est trop courte, profitons-en », c’est quand même pas tout neuf. Au pif, je pense là, tout de suite, à « Sans Plus Attendre » (« The Bucket List » en VO). Et le film de nous proposer quelques scènes dispensables. Je pense par exemple à ce long dialogue devant la tombe des parents d’Enoch, avec les deux jeunes gens qui font comme s’ils leur répondaient…Plus tard, Enoch essayera de détruire la sépulture, dans une scène larmoyante et là encore dispensable.

Et pourtant, la sauce prend quand même. Et Van Sant semble avoir pleinement conscience qu’il va falloir qu’il traite son sujet avec finesse et originalité. Le pari n’est pas totalement réussi, mais le réalisateur semble en jouer avec un second degré certain. En témoigne cette scène où l’on croit qu’Annabel va mourir, alors qu’il ne s’agit que d’une répétition pour le jour où Annabel mourra… une fausse piste formidablement bien trouvée, à mon sens.

Ce qu’il y a d’intéressant avec Restless, quand on y réfléchit bien, ce sont les rapports que ce trio de personnages entretiennent avec la mort. On a tout d’abord Enoch, celui qui a connu la mort quelques minutes, qui n’a pas pu dire adieu à ses parents, complètement enfermé dans son monde, à qui l’échéance de la mort d’Annabel va sans doute permettre de relativiser et reprendre goût en la vie.
Puis, on a Annabel elle-même, qui en dépit du terrible et court sursis qu’il lui reste, est celle qui est la plus fascinée par la vie. Naturaliste et fan devant l’éternel de Charles Darwin, elle plaisante toujours à propos de sa maladie, va de l’avant,  sait la chance qu’elle a d’avoir rencontré Enoch.
Enfin, on a Hirochi, notre ami kamikaze, qui lui a connu la mort, au combat, pour sa patrie. De simple figurant un peu comique, il gagne en intérêt et en consistance au fur et à mesure du film. Il agit comme la conscience d’Enoch, la voix en lui-même qui sait quoi faire. Son rôle sur la fin du film sera crucial. Je n’en dis pas plus.

Au final, un film pas dénué de charme et de force, se ménageant quelques très bonnes scènes (la dernière, très subtile et surprenante), faisant bon usage d’ellipses bien placées pour éviter un déchaînement de pathos malvenu. Et même si tout n’est pas parfait (surcharge de dialogues pas toujours utiles), le film sait trouver un bon compromis. Ni larmoyant, ni trop idéaliste. Les scènes de tendresse entre nos deux héros sont toujours très subtiles et suggestives, et rien n’est toujours rose à 100% : le film ne ménage pas les disputes, les coups durs. On sent bien la gêne qu’Enoch ressent à « voler » Annabel à sa famille lors de ses derniers mois.

Bon, au final je ne suis pas si perplexe que ça. C’est un film de qualité que je recommande. Me reste plus qu’à me pencher sur les autres films de Monsieur Van Sant, à présent…