Opeth – Heritage (2011)


Beaucoup de fans ont sonné l’alarme en voyant la pochette de ce nouveau Opeth. Un artwork résolument 70’s ; un arbre avec la tête des membres du groupe, celle du claviériste qui tombe (eh oui le bonhomme a quitté le navire), les racines qui se plantent dans les enfers, et une ville en flamme dont s’enfuient les habitants… On savait que le leader du groupe suédois adorait ces années là, maintenant on ne peut plus en douter.

C’est donc avec logique que ces mêmes fans ont été déçus quand ils ont appris que la musique, à l’instar de la pochette, serait un hommage aux 70’s : pas de death , Mikael dit dans les interviews que ça l’emmerde de growler et qu’il rêvait de pondre ce Heritage depuis ses vingt ans. Un Mikael qui dit aussi qu’il se moquait si les fans ou non aimaient, un Mikael heureux de réaliser son putain de rêve.

Mais un compositeur heureux ne veut pas forcément dire une fanbase heureuse, par exemple, David Vincent est fier de sa dernière grosse merde sonore, et il est sourd aux fans qui protestent sur internet. Est-ce que Mikael auraient-ils les chevilles qui enflent ? Est-ce qu’il fait sa crise de la quarantaine ? J’en sais rien mais en tout cas, il fait pas encore payer ses autographes comme Wilson le fait!

Mikael, un homme bien entouré.

Le virage d’Opeth n’est pas non plus la chose la plus brutale de l’histoire de la musique, c’est pas aussi fort que Celtic Frost qui s’est mis à faire du Glam Gay. Les 70’s étaient bien là dans Damnation (même si légèrement), dans Ghost Reveries, et surtout dans Watershed, album où toutes les pistes (à part Heir Apparent) avaient cette touche old-school dans la production et dans les structures…

Heritage comme son titre l’indique, est un disque qui mélange toutes les influences de ses vieux et vénérables groupes dans une grosse marmite en rajoutant l’épice Opeth. Et ouais, même si le growl est parti, que presque tous les gros riffs se sont fait la malle, on reconnait encore entre mille la patte du groupe. Enfin, c’est difficile à dire : sur ce disque Opeth n’est plus Opeth car il abandonne presque toute sa noirceur (même présente sur Damnation), il abandonne son état d’hybride qui lui a rapporté tant de fans… Mais Opeth reste tout de même Opeth : toutes les caractéristiques du son, les gimmicks, le chant, pas mal de mélancolie, des paroles personnelles…

La musique proposée est souvent calme (entendez par là que c’est du rock progressif, pas que c’est de l’ambient), du piano (intro et outro), quelques percussions, de la flûte (uniquement sur Famine), quelques petites expérimentations qui font plaisir (la venue clavier/guitare sur Nepenthe). Le disque propose quelques explosions bien senties, des ponts musicaux typiques au groupe, l’ambiance sur les longs morceaux est fortement comparable à celle présente sur Watershed. Les morceaux Metal se font rares : ils sont deux, et ce sont les plus courts : Slither, définitivement un Deep Purle Like, et The Lines in My Hand proposant une ligne de basse/batterie foutrement bonne, bien que ce morceau soit loin d’être énervé.
Le meilleur morceau de ce disque reste Folklore, tout à fait bien géré et dont l’outro fait partie d’un des meilleurs moments de l’album

Ce nouveau Opeth est loin d’être chiant comme certains ont pu le croire : les 70’s vues par Mikael reste une expérience fraiche et intéressante proposant son lot de bonnes idées, et comme chaque Opeth (à part Damnation), il faut dompter un minimum le disque pour l’apprécier. Mais l’émotion palpable du groupe durant presque toute la carrière s’effiloche, s’efface au profit de morceaux plus complexes, et en dehors de l’outro de Folklore et de quelques passages, le disque ne montre plus autant de sentiments qu’avant, et perd encore un peu de sa personnalité.

Akerfeldt se fait moins touchant dans sa prestation vocale : dans presque tous ces albums, son chant clair était souvent émouvant (Damnation, Burden, To Bid You Farewell) ou se mélangeait à merveille avec le chant Death (Still Life et Blackwater Park étant l’apogée de cet exercice de style), ici Mikael, même si agréable à l’oreille, est parfois fortement… plat! Häxprocess est le meilleur exemple, le moins bon morceau de Heritage ; ça peine à décoller, le chant n’aide en rien, et le seul moment ‘émouvant’ est avorté au profit d’un pont progressif raté.

Que dire de plus ? L’album qui est un virage naturel dans la musique du groupe : un hommage à ces groupes dont l’héritage est toujours présent dans la musique d’aujourd’hui. C’est du Opeth assurément, avec son lot de bonnes idées, ses gimmicks, sa production, Mikael réalise donc son rêve en gestation depuis, à l’en croire, une vingtaine d’années. C’est une galette mature et bien exécutée, mais en passant, le groupe abandonne une trop grosse partie de son identité, la technique et la maitrise de son sujet donnant lieu à une certaine stérilité musicale à de bien nombreux moments. Heritage est loin d’être naze, il est même bon, parfois très bon, mais il reste à mes yeux le « plus mauvais » Opeth (avec Ghost Reveries) pour toutes ces raisons.

Au final, c’est une bonne chose que Mikael ait fait ce disque : j’espère qu’Opeth en restera là avec les 70’s pures, et qu’il saura à nouveau évoluer vers quelque chose de nouveau, de frais, et d’original, sans pour autant laisser une si grosse partie de son identité derrière lui. Heritage est une bonne expérience et un virage intéressant mais ils doivent bien garder à l’esprit qu’un deuxième essai de ce genre restera certainement au travers de la gorge de nombreux fans.

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3 réponses à “Opeth – Heritage (2011)

  1. Maxime Simoncelli 27 septembre 2011 à 10:57

    Globalement, ta critique est très juste, j’ai également trouvé le pont d’Häxprocess mal amené. Quant au chant, j’ai toujours été dingue de sa voix, et cet album n’y déroge vraiment pas … Les lignes de chants sont au contraire bien plus mélodieuses que sur les précédents albums, notamment sur ce foutu « Face In The Snow » qui aurait mérité de figurer dans la tracklist finale (mais bon, le marketing …), ou encore « Famine », ou bien (et là je suis totalement d’accord avec toi) « Folklore », qui est un excellent morceau, du Opeth pur et dur. Un bon album, qui m’a mis une grosse claque (je baigne aussi dans les délires Crimsonien et Rock Progressif 70’s), mais bon, qui reste de mon avis moins bon qu’un Still Life, Morningrise ou Blackwater Park.

    Après, on en vient au sujet qui fâche, justement : le Mickael qui se fiche de ne pas faire un album plaisant pour les fans. Ça, c’est plus une phrase à troll qu’une vérité, dans le mesure où l’album reste très « Opeth », et un fan qui ne se mire pas dans la contemplation du growl du frontman le sentira je pense. Par contre, c’est vrai que Wilson fait payer ses autographes ? Il me semblait pourtant que ce n’était pas le cas au dernier concert de Porcupine Tree que j’ai vu … Mais le type n’est pas forcément reconnu pour son humilité, ça c’est sûr, mais ça m’étonne néanmoins. Peut-être que si tu viens avec la collection de tous ses albums en Vinyles et CD, il t’en fait grâce, ahah.

    Bref, joli blog et jolie plume, je reviendrai plus souvent par ici ;).

    • colossalvoid 27 septembre 2011 à 11:21

      Eh bien ! Voilà un commentaire qui fait très très plaisir 🙂

      Pour ce qui est de Steven Wilson, j’ai des amis très fans qui ont voulu une signature et qui ont en effet du payer… Une amie à moi qui l’a attendu 1h30 après le concert au Royal Albert Hall à Londres a été snobée par Wilson qui ne lui a même pas accordé un regard 😐 ! J’ai eu à peu près la même blague à Bruxelles! Sacré personnage… Mais bon, ça ne m’empêche pas d’être fan de presque tous les disques de PT :-p !

      Pour ce qui est dans la « phrase à troll » , elle est sortie d’une interview écrite après la présentation en avant-première du disque. Si ça t’intéresses je peux la retrouver!

      Cheers!

      • Maxime Simoncelli 27 septembre 2011 à 12:02

        Oui, je sais, j’ai lu pas mal d’interviews pour ce dernier disque, mais je trouve juste que Mickael essayait de troller son monde, haha.

        C’est souvent comme ça les génies, surtout lui, qui est un musicien très réputé dans le milieu prog’ (il a tout de même participé à la remasterisation de In The Court Of The Crimson King, mandé par Fripp lui-même, bien que cela ne justifie pas de prendre la grosse tête …). Ambivalent en somme ! Je ne sais pas si tu as l’occasion de jeter une oreille sur son dernier album solo d’ailleurs, mais il est excellent !

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