Peste Noire – L’ordure à l’état pur (2011)

Peste Noire, icône du Black Metal français, groupe le plus connu de la scène underground française. Si KPN (Kommando Peste Noire) est en effet connu par chez nous, il fait même le bonheur des anglophones, se taillant un nom dans la scène internationale.
Leur succès est du à la qualité de leur musique : moyenâgeuse, misanthrope, sale, puissante.
Grâce aussi à la présence de Neige dans deux albums. Neige ne faisait rien sinon suivre les ordres de Famine, leader du groupe, mais qui a attiré de nombreux fans de projet Alcest et AmeSœurs.
Neige qui d’ailleurs a vite été viré par le leader trouvant qu’il n’attirait que des gamins nourri à deezer, lastfm et autre myspace… Autre facteur de la célébrité du groupe est bien entendu la personnalité et le caractère pourri de leur leader : Famine, nationaliste (et non pas nazi, quoique je ne défends aucune de ces idéologies…) a en effet livré une interview juteuse au site diabolicalconquest.com, montrant au grand jour la vraie tête de KPN. Monsieur est raciste, violent, égocentrique, narcissique mais à malgré tout un sens de la musique qui fait mouche. C’est un peu le Varg Vikernes français…
Dans sa misanthropie, il a même été jusqu’à écrire Folkfuck Folie dans le simple but d’éloigner les trends. Il refuse d’avoir recours à internet pour la vente de ses disques, les pages créées sur la toile ne sont que l’œuvre de fans, rien d’officiel.

L’ordure à l’état pur, dernier disque de KPN, est sorti dans cette optique : personne n’avait entendu parler du disque, la première annonce a été faite trois jours avant sa sortie, le 20 mai 2011. Un coup en douce, une surprise. Avec si peu de publicités, le disque s’est à peine ébruité, contrairement à son grand-frère Ballade Cuntre la Anemi Francor.

Famine, déjà jugé fou par de nombreuses personnes, pousse sa folie encore plus loin sur ce disque. Outre la première chanson, l’aspect médiéval a été abandonné au profit de nouveaux éléments : batterie plus martiale, samples nombreux, thèmes modernes, satyres hideuses, et plus de nationalisme. Ne vous attendez pas à de la poésie comme sur les précédents disques, pas d’hommage à Verlaine ou Baudelaire. Famine s’essaye même à l’écriture sms et à un chant plus clair, à la limite du Punk.

Porte d’entrée au disque, Casse, Pêches, Fractures et Traditions sont les seules traces du XVIe siècle, pourtant si cher à KPN jusqu’ici. La chanson ne se fait pourtant pas poétique pour un sous, mais utilise assez bien d’humour… Le premier sample du disque est tout droit sorti du film… Les visiteurs! La track propose des paroles assez stupides, voire très connes (pourtant pas les pires…).
Des effets stupides, Famine en use et en abuse. Rien que cette chanson comporte des samples, des bruits de renvois en rythme avec les riffs, le chant d’un coq, des combats à  l’épées, du trombone… Le titre fonctionne à merveille, on croirait entendre une grosse fête médiévale. Certes on est loin de la mélancolie et de la rage habituelle, mais ce nouveau visage «rigolo » semble plutôt bien coller au groupe.

Alors qu’on croyait avoir tout entendu, Famine nous jette à la figure « Cochon Carotte et les Sœurs Crottes »… La moins bonne du disque, sans aucun doute : presque punk oï. Le thème abordé est la violence contre les femmes… Pas pour les défendre non. Des samples de films pornos, Famine qui hurle Salope à s’en arracher les cordes vocales, des riffs haineux, et des paroles lamentables…
« Gosse sovage antropofage planté dans les groçes à gros culs
Ma pine de pin contre un éku gratos mon groin dans leur caca
Goulougoulou dans la casba ma loutre cracra fé toi foutre… »
Pour la poésie et la finesse, on repassera, c’est du très mauvais goût, Famine ne s’en cache pas. Musicalement, ce n’est pas génial, mais pas mauvais non plus, le côté Punk étalé sur huit minutes est foutrement lassant.

« J’avais rêvé du nord » est la pièce maitresse de ce nouveau méfait. Au long de vingt minutes, KPN nous emmène dans sa haine, sa folie avec brio. Flingues, balles tirées, discours sous fond de racisme anti-blanc, Famine se fait convaincant, commençant sa chanson dans la haine, et la faisant évoluer avec une belle construction vers un hommage au Black Metal, avec des chœurs repris plusieurs fois au travers d’un riff mélancolique.
« Toi Métal Noir dont soudain, j’ai emprunté les ailes
D’immense corbeau boréal
Pour m’arracher plus loin vers de plus nobles citadelles! »

La haine a toujours été fortement présente dans Peste Noire, aux travers de ses thèmes, de son imagerie… « Sale Famine Von Valfoutre » pue la colère, la haine, la stupidité. Tsunami sonore, porté par une prose haineuse et grasse, vantant la violence, les agressions. Les riffs sont acides, et kpn nous attire avec facilité dans l’univers de sa chanson. Au final, la piste est un bon descriptif de Famine : un connard de la pire espèce, conscient de ce qu’il est, et qui sait faire preuve d‘auto-dérision… Certes, l’humour est assez bizarre, je vous l’accorde.

La mélancolie, voilà un visage plus rare. Des pistes comme Soleils Couchants de Verlaine, Spleen, Phalènes et Pestilence, Folkfuck Folie montrait des traces de tristesse, de contemplation, de misanthropie acre et douloureuse. Peste Noire endosse l’apparat funéraire avec La Condi Hu (La Condition Humaine). Les riffs sont du DSBM à l’état pur (eh un jeu de mot, un!), Famine hurle, vocifère derrière ce mur tous les fléaux de ce monde (le tout en rimes, c’est pas beau ?).
Cet exercice est parfaitement maitrisé par les Français. La chanson est belle, si vous êtes amateurs de Depressive Black Metal, elle risquera de vous arracher quelques frissons…

Les fans de la première heure, (même ceux de la dernière à vrai dire) risquent d’être choqués par ce nouveau disque caméléon, au virage improbable, l‘ordure à l‘état pur fera encore moins l‘unanimité que FolkFuck Folie. Peste Noire mise presque tout sur le grand-guignolesque, se transforme plusieurs fois sur l‘heure que dure la galette. Famine ose et repousse les limites, et réussi, malgré l’échec du deuxième titre, à impressionner. Famine n’a rien perdu de son génie, il cherche à l’étendre… Mais il ne faudrait tout de même qu’il s’égare de trop…

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Une réponse à “Peste Noire – L’ordure à l’état pur (2011)

  1. Purineur 16 juin 2011 à 16:14

    « L’échec du deuxième titre » ? « Cochon Carotte et les Sœurs Crottes » est une tuerie totale. Le passage de basse fretless d’Indria sur le sample de club échangiste est monstrueux. Autrement bonne chro.

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